Bibliophagie

Blog qui parle des auteurs, des livres et de tout ce qui tourne autour de la littérature...

24 mars 2008

Anna la douce

9782878581492xm3

1919, Budapest est chahutée par l’Histoire, les rouges de Bela Kun viennent d'être écrasés, et une ère nouvelle commence pour la bourgeoisie. Mais Madame Vizy,  l’épouse d’un haut fonctionnaire, doit faire face à un problème autrement plus important : trouver la bonne parfaite, celle dont elle rêve depuis toujours et qui, au fil du temps, est devenue son obsession.
Un matin, celle-ci se présentera sous le nom d’Anna Edes, jeune paysanne, douce, travailleuse, propre et sans défauts
. Pourtant, la domestique idéale que tout le quartier Krisztina envie aux Vizy, assassinera ses maîtres, transperçant leurs corps de neuf coups de couteau. Pourquoi ?

Arrêtée, Anna préfèrera se taire... Trop de déceptions, avec ce neveu de la famille qui la séduisit pour se détourner d’elle à peine son désir assouvi ; trop d’humiliations, de mépris, de mesquineries de la part de ses maîtres, de Madame Vizy en particulier, pour qui elle ne fut rien d’autre qu’une esclave qu’ils pouvaient, en société, exhiber en tant que « perle » ; trop de tout cela, une accumulation indicible et que les hommes de lois ne pourraient, de toutes façons, ni recevoir ni entendre..

Commentaire

Réaliste, freudien déjà, l'écrivain excelle à dépeindre ses personnages sous un clair obscur où la pénombre l’emporte sur les pans éclairés. Il aime à pénétrer les méandres de l'âme humaine, mais, pour ce faire, la méthode qu’il utilise consiste à relater une multitude de petits faits banaux en apparence, mais hautement significatifs..

Kosztolanyi nous invite à la réflexion, et ses romans ne manquent pas d'intérêt sociologique comme psychologique, mais une certaine gêne ne cesse de me tarauder tandis que je lis ces oeuvres sombres et si vraies... Peut-être est-elle due à la vision désespérée que l’auteur se fait de l’âme humaine ? Peut-être est –elle due à une certaine froideur de ton chez cet auteur qui trop analyse et mal étreint ses personnages?

Posté par 6billine à 12:55 - Kosztolányi Dezsö (2) - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Alouette

9782878582062nk7

Alouette doit partir une semaine à la campagne. Ses vieux parents achèvent amoureusement la valise. Comment vont-ils survivre à une si longue absence ?
Pourtant, quand Alouette paraît, le sourire se fige. Elle a trente-cinq ans. Elle est laide. Très laide.
Cette semaine sera celle où ils iront au restaurant, au théâtre. Celle où la mère jouera à nouveau du piano, celle où le père retrouvera son club, les beuveries et le jeu. Celle où le couple, libéré, se donne aux excès et aux crises..

La dernière nuit, le père, ivre mort, la passe à hurler sa haine et sa pitié pour sa fille si laide, si désespérément seule, si malheureuse.
Le lendemain, Alouette revient. Grossie, encore plus laide, encore plus grotesque. Tout rentre dans l’ordre. Et les parents, émus, diront : "A tire-d’aile notre petit oiseau nous est revenu."

Commentaire

Ce roman profond et déchirant est certes, une satire de la morale bourgeoise, de son goût pour l'ordre ainsi que de son hypocrisie, encore que cette critique soit modulée, parce qu’ au fond, nous suggère l’auteur, cette petite vie étriquée n’est-elle pas le rempart que les parents se sont construit contre la souffrance insupportable de voir leur fille unique condamnée par sa laideur à la solitude ?      

Mais ce n’est pas tout : Alouette, celle qui semble une honte et une croix pour les parents, puisque son départ signe leur libération, Alouette également a un rôle vital dans ce couple si lamentable : Elle est l’unique frein à leurs excès, la protection contre leurs différents profonds, le lien qui rend leur vie commune supportable..

Dans une écriture dépouillée et percutante, sous une apparente froideur de ton, Kosztolanyi distille tout au long de ce roman majeur  un savant mélange d’humour, de désespérance, de dureté et de compassion

Posté par 6billine à 11:52 - Kosztolányi Dezsö (2) - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Dezsö Kosztolányi

kosztolanyi

Dezsö Kosztolányi est né en 1885 dans une ancienne province de l’empire austro-hongrois.
Très tôt il se consacre au journalisme et devient l’un des principaux rédacteurs de la prestigieuse revue Nyugat.
Entre 1922 et 1926, paraissent quatre romans : « Néron, le poète sanglant », « Alouette », « Le Cerf-volant d’or » et « Anna la douce », qui accroissent sa renommée puisqu’ils sont traduits dans de nombreux pays. Travailleur infatigable, il collabore à la plupart des journaux nationaux, traduit les grands poètes et romanciers étrangers, prend la présidence du Pen Club hongrois.
Mais les premiers symptômes d’un cancer font leur apparition. Malgré une intervention chirurgicale, il meurt à l’hôpital Saint-Jean, à Budapest, le 2 novembre 1936.

Posté par 6billine à 11:50 - Kosztolányi Dezsö (2) - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1