La patience de Mauricette
Mauricette Beaussart, âgée de soixante-quinze ans, vient de s’enfuir de l’ EPSM d’Armentières où elle séjournait pour troubles mentaux. Aussitôt appelé par le service, Christophe Moreel, son voisin et ami, entreprend de retrouver la piste de cette femme surprenante par le mélange de sauvagerie paysanne et de raffinement intellectuel dont elle est capable.
Parallèlement au récit de cette quête, le roman insère les monologues de la souffrance que Mauricette elle-même consigne dans un cahier offert par la psychologue du service. Ces textes poétiques bouleversants dans l’expression d’une souffrance qui fait éclater le cœur et le langage, ces passages d’une beauté stylistique stupéfiante, mettent à nu ce qu’une culpabilité native à l’enfant peut entraîner comme ravages quand, loin d’être parlée, elle est quotidiennement rappelée.
A défaut de pouvoir vous citer le livre entier, voici deux extraits où Mauricette nous parle de sa voix d’enfant-poète :
« Je crois aller mieux mais j’ai des rechutes de noirceur. J'arrive à parler de ça avec le docteur Demolins mais pas tout. Je connais mon noyau de souffrance. Je le suce et roule entre les gencives depuis des années. Quelquefois je le prends dans ma main et je la referme. Il est caché dans ma paume je regarde mes taches de vieillesse sur le dos de ma main et je remets le noyau dans ma bouche. Je crois qu’il faudrait le cracher comme des pépins de pastèque. Flouff. »
« Je ne vais pas m’engluer dans la ressasse du passé. Avant de partir, je vais retirer ces pages. Je laisserai le reste derrière moi sur le dessus-de-lit. J’ai vu le chemin parcouru à reculons. Je sais la chose qui me rends la plus malade. C’est la douleur de ma vie mais la souffrance devient l’amour du monde sous mes pieds et dans mes yeux. On m’a visitée. Je ne guérirai peut-être pas complètement mais je suis passée à un grand amour sur la planète. Le poème de la terre, d’une enfance innocente. Je ne suis pas malheureuse. Je suis libre. Je continue. C’est peut-être la grâce. »
Lucien Suel
Lucien Suel est né en 1948 dans les Flandres artésiennes où il vit toujours.
Éditeur des revues The Starscrewer, consacré à la poésie dela Beat Generation, puis de Moue de Veau, magazine « dada punk », il anime aujourd’huila Station Underground d’Émerveillement littéraire et le blog Silo. Il a publié de nombreux ouvrages de poésie ainsi que deux romans.
Commentaires sur La patience de Mauricette
Je n'ai pas été entièrement séduite par ce livre, les parties écrites par Mauricette m'ont trop déroutée, mais c'est très bien qu'il sorte en poche, il va toucher un plus large public.
Bon, ce n'est pas le genre de livres qui m'attirent, mais quel titre !
Sans doute un roman très poétique qui doit nous permettre d'appréhender une réalité qui nous échappe.
Superbe couverture... Mais les extraits ne me convainquent guère. Trop poétique à mon goût, je le crains. Et puis je suis convaincue qu'elle doit mourir à la fin, la petite Mauricette : je refuse.
Tiens j'ai vu passer ce titre récemment... je ne sais plus où mais ce que tu en dis et les extraits que tu cites me font penser qu'il pourrait tout à fait me plaire finalement. Je note du coup !
@ Aifelle : C'est vrai que les sorties en poche permettent de découvrir des livres et auteurs peu visibles en leur parution première
@ Urgonthe : Ah bien tu vois, c'est justement un genre de livre qui m'attire énormément ![]()
@ Manu : A la fois qui nous échappe et dont on est par ailleurs si proche...
@ Reka : Non elle ne meurt pas à la fin, tu peux t'y lancer sans risque ![]()
@ Lou : Ah enfin une convaincue ! Merci Lou, tu me console ![]()
Chère Sybilline, merci beaucoup pour votre enthousiasme et le façon dont vous parlez de mon héroïne. Pour confirmer qu'elle ne meurt pas, je suis heureux de vous annoncer qu'on la retrouve deux années plus tard dans mon prochain roman "Blanche étincelle" (parution, janvier 2012).
Très cordialement, LS.
J'ai ajouté un lien vers votre article à partir de mon blog.
Cher LS. je suis très honorée de votre visite et me réjouis de pouvoir bientôt relire votre plume inspirée par Mauricette.
Merci...
moi aussi ça me donne envie de le lire, tu vois chère Sybilline tu as fait 2 convaincues, faut juste que je le trouve par chez moi
Bisou
@ Pascale : Un poche Folio, ça doit sûrement se trouver, même en pleine brousse ![]()
Coucou Sybilline ! Quel plaisir de te lire ! Ce livre a l'air fort et mélancholique, non ?
J'organise mon premier challenge, ça te tente ?
A très vite pour de nouveaux échanges ! Bises.
Rétroliens
URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=433715&pid=21972095
Liens vers des weblogs qui référencent ce message :



