Du-domaine-des-murmures

Au XIIème, Esclarmonde, fille adorée du seigneur des Murmures, décide d’échapper à la dominance des mâles et au silence imposé aux femmes en posant un acte d’éclat : elle prononce le « non » décisif lors de ses propres noces, et exige d’être enfermée dans un réduit jouxtant la chapelle et n’ayant pour toute lumière que celle d’une fenestrelle.

La veille de sa réclusion, contemplant une dernière fois le paysage, Esclarmonde est sauvagement agressée et violée, mais cette violence, qu’elle tiendra toujours secrète, n’ébranle en rien sa détermination  à recevoir l’extrême-onction avant d’entrer dans sa cellule tombale scellée par l’évêque.

Son intelligence, ses extases, sa clairvoyance ainsi que les récoltes miraculeuses qui suivent son enfermement amènent une foule de pélerins à la consulter en sa loge, si bien que lorsque la jeune femme accouchera d’un fils, cette naissance sera considérée par tous comme virginale et quasi divine, croyance qu’Esclarmonde ne réfutera pas tant est grande sa peur qu’on ne lui enlève ce fils bien-aimé ...

Désormais le cœur de la recluse se détourne de Dieu pour s’adonner entièrement à son enfant. C’est par lui et à travers lui que la jeune mère perd sa clairvoyance pour entrer dans une phase de voyances  magiques en même temps qu’elle se laisse attirer par la sensualité.

Mais son fils grandit, bientôt il ne pourra plus vivre ainsi auprès d’elle, séparé du monde extérieur, et bientôt devient aujourd’hui. Mais un tel sacrifice est insupportable à la jeune mère ; révoltée, furieuse, Esclarmonde devient sorcière….

Commentaire

 

Comme en son premier roman Carole Martinez déploie une langue superbe, travaillée, riche, elle use d’un phrasé lumineux en lequel réside toute l’élévation mystique du  livre, car Esclarmonde est loin de faire partie de ces nonnes recluses perdues dans la contemplation divine, elle est une jeune femme qui tente d’échapper à sa condition de fille et d’épouse soumises pour , hélàs, retomber dans une autre condition de l’époque : la sainte et la sorcière.

L’auteur pose son héroïne en narratrice de ce roman, mais anachroniquement c’est à nous, contemporains du XXème siècle qu’Esclarmonde adresse son récit comme si l’auteur lui conférait ainsi l’immortalité propre aux personnages romanesques.

Alors oui, lisez ce roman, ne fut-ce que pour son écriture magnifique .