9782742794829

« Cette histoire s’inspire d’un visage : celui d’un pilote japonais entrevu sur la page du journal que lisait mon voisin, un temps de midi, au Pain-Quotidien de la place Saint- Loup. Après quelques instants qui m’ont paru une éternité, il a replié le journal avec soin et l’a déposé sur la pile de magazines laissés à notre disposition
La photographie datait de 1945. Le grain du papier la rendait floue mais le visage qui se tenait au centre m’attirait comme un aimant : des traits fins, un regard fixe et la désinvolture des lunettes relevées sur le bonnet d’aviateur. Autour de son cou, une écharpe de soie blanche se déployait dans le vent.

C’est ainsi que Nicole Roland entreprend de rendre hommage à ces jeunes gens cueillis parmi l’élite intellectuelle et sociale du Japon afin qu’ils  suivent une longue et douloureuse formation au bout de laquelle ils seraient, éventuellement,  promus au rang glorieux  de kamikaze. Glorieux certes, puisque, selon le code d’honneur des samouraïs, il n’y a pas de plus grand honneur que de donner sa vie pour l’empereur divin et sa patrie.

Nous sommes donc en 1945, Kosaburo et Akira sont amis depuis leur plus tendre enfance, ils s’inquiètent des défaites japonaises et s’attendent d’un jour à l’autre à recevoir leur ordre de mobilisation ; mais alors que Kosaburo se prépare avec détermination à cet appel, Akira, effrayé, se réfugie dans un monastère, à la plus grande honte de sa famille.

Alors la sœur d’Akira, Mitsuko, décide de restaurer l’honneur de sa famille et d’accompagner Kosaburo qu’elle aime en endossant les vêtements et l’identité d’Akira. Ensemble, les deux amoureux suivront l’entrainement extrêmement dur, voire cruel,  auquel sont soumis les futurs kamikaze. Ces kamikaze, « vent divin », sont ainsi nommés en mémoire du typhon qui, au XIIIème siècle, vint à la rescousse des troupes japonaises acculées par les mongols venus de Chine.

Mais les amoureux ne jouiront pas du bonheur de mourir ensemble, Kosaburo est envoyé le premier en mission kamikaze, dans un avion léger, sans parachute ni essence de retour. Arborant au cou l’écharpe blanche que son amie lui avait donné, sans un friselis d’hésitation, dans une trajectoire parfaitement maîtrisée, l’avion de Kosaburo s’abat en gerbe sur un navire ennemi.

Dès lors Mitsuko n’attend plus que de suivre son amour dans la mort …

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Commentaire

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Ce premier roman s’avère une réelle réussite mais on ne peut s’empêcher de s’étonner qu’une jeune femme, belle de surcroît, puisse passer de longs mois dans un groupe de jeunes gens sans que jamais sa féminité ne soit démasquée. Etonnement qui s’effondre dès lors qu’en toute finale, Nicole Roland nous annonce qu’elle écrivit ce roman en hommage à sa propre fille passionnée de culture extrême-orientale et arrachée à la vie en pleine jeunesse

Voici ce que l’auteur énonce lors d’un entretien de presse: "Cette jeune femme, Mitsuko, c’est un moyen de retrouver Hélène, et le travestissement, c’est ce qu’elle aurait fait. Jusqu’au-boutiste, elle n’aurait pas hésité une seconde pour suivre ses idéaux. Ce personnage, c’est comme si je la mettais au monde de nouveau et, réciproquement, elle me met au monde en tant qu’écrivain ."

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Nicole Roland

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Nicole Roland est professeur de lettres en classe de terminale à Namur, en Belgique. Elle a créé un théâtre universitaire et l'a animé durant vingt ans. . "Kosaburo, 1945 " est son premier roman pour lequel elle a reçu le Prix Première 2011 de la RTBF