02 juillet 2009
Bonnes vacances !
..
Vous avez peut-être remarqué mon peu d'énergie blogueuse ces derniers temps, ainsi que mon manque d'assiduité à parcourir et commenter vos blogs. J'espère que vous m'excuserez de ces manquements que seule une fatigue écrasante et accumulée justifie.
Mais heureusement, voici venu le temps des vacances et du repos! Je m'en vais donc demain pour un séjour d'une dizaine de jours à la mer, en compagnie de ma grande Amie Sourifleur ainsi que, comme vous le voyez, d'une belle bibliothèque de livres !
Je vous souhaite à tous et toutes, qui êtes déjà partis, partez et partirez bientôt, de merveilleuses vacances pleines de soleil et de lectures passionnantes.
..
A bientôt et merci pour tout ce que vous m'apportez...
21 juin 2009
Un blog qui s'ouvre à nouveau
Après une longue pause due à sa grande implication dans une chorale, mon Amie Sourifleur nous revient avec des articles tout frais, maniant toujours sa belle plume pour nous offrir ses avis sensibles et pertinents, son bel enthousiasme et son grand coeur.
Je vous invite à venir y faire un tour, vous ne le regretterez pas !
17 juin 2009
Le Tag des 8 souhaits
Mango m'a récemment taguée afin que je formule, à mon tour, les 8 souhaits devenus légendaires sur nos blogs!
1) Ecrire 8 souhaits
2) Dire à quoi font penser les 10 mots donnés
3) Dire un mot sur sa tagueuse
4) Taguer 8 personnes et les prévenir
Mes 8 souhaits:
1)Que la terre redevienne un habitat vivable et propre
2)Que la violence entre les hommes cesse enfin
3)Que s'éloignent à tout jamais les souffrances de qui j'aime
4)Que ceux que j'aime ne meurent pas avant moi, que je ne meure pas avant eux
5)Que mes parents aient une vieillesse sereine
6)Qu'un jour je puisse guérir de cette longue fatigue chronique
7)Que tous vos voeux soient exaucés
8)Que ceux que je ne peux dire ici le soient aussi
Les 10 mots donnés:
1)Message = amitié
2) Blog = passion
3) Prix = commerce
4) Croix = souffrance
5) Scrap = patience
6) Création = renouveau
7) Bonheur = Amour
8) Vie = avenir
9) Enfant = émerveillement
10) Passion = lecture
Sur ma tagueuse :
Depuis avril 2009, Mango a initié un nouveau blog et c'est là que je l'ai lue pour la première fois.
Ouverte et curieuse de tout, Mango est une blogueuse très active, et ses articles magnifiquement documentés, témoignent non seulement d'une belle sensibilité, mais d'un grand respect pour les avis de chacun ainsi que d'une grande qualité d'écriture.
Lisez-là, ça vaut vraiment la peine!
Taguer 8 personnes et les prévenir
Pour éviter le risque de choisir des tagués déjà tagués, j'invite tous ceux et celles qui n'ont pas encore répondu à ce questionnaire et que cela tente, de s'y lancer à leur tour!
11 juin 2009
Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates
1946. Pendant que Londres se relève de ses désastres, Juliet célèbre la publication de ses rubriques humoristiques écrites durant la guerre et rassemblées en un livre grâce à Sidney, son éditeur et ami fraternel.
Toutefois la jeune écrivaine est préoccupée: aucun sujet ne lui vient à l'esprit pour son prochain roman. Lui parvient alors une lettre d’un homme résidant à Guernesey, qui lui demande de rechercher un livre pour son « cercle littéraire d'amateurs de tourte aux épluchures de patates » .
Au cours des échanges épistolaires qui suivront cette première lettre, Juliet apprend que ce cercle est , au départ, un prétexte inventé pour justifier, devant une patrouille d'occupants allemands, la promenade d'un groupe d'amis après l'heure du couvre-feu.
Intriguée, Juliet s'intéresse à la vie de cette communauté d'amis et reçoit d'eux de nombreuses lettres où elle réalise combien leur vie était pénible et angoissante lorsque, tout au long de ces années de guerre, hommes et femmes se sont vu coupés de tout, privés de nouvelles comme de nourriture, sans défenses devant un occupant partout présent.
Très vite, l'écrivaine s'éprend de ce groupe de gens extravagants, courageux, bouleversants de gentillesse et de générosité, et, finalement, elle décide de se rendre à Guernesey afin de rencontrer ceux qu'elle considère désormais comme ses amis...
..
Commentaire
En utilisant le procédé d'échanges épistolaires, les auteurs se sont donné les moyens d'aller droit à l'essentiel des personnages. En effet ces derniers, sans préambule oratoire ou poétique, vont se confier, apporter leur histoire, raconter leurs souffrances, leurs inquiétudes et leurs espoirs quand, enfermés dans leur îlot en mer, il peinaient à survivre.
Oeuvre de mémoire donc, d'une mémoire douloureuse trop oubliée, ce roman n'a, malgré son sujet, rien de sombre. Bien sûr, il possède ses moments de gravité, mais plus souvent, il adopte un ton alerte, volontiers enjoué, à l'instar de cette petite communauté qui aura, au coeur de l'adversité, contré l'accablement et résisté à l'oppression par la solidarité, l'amitié, la bienveillance à l'égard de leurs manies et extravagances, le rire et, bien entendu, le partage des livres.
On pourrait reprocher à ce roman une certaine univocité des personnages bâtis tout d'une pièce; adorables ou odieux, courageux ou lâches, généreux ou mesquins, ils sont sans demi-mesure, mais n'est-ce pas le propre des plus fortes épreuves que de dénuder les êtres pour les révéler à l'essentiel en eux, à leur bonté ou à leur noirceur fondamentales?
Extrait :
« Ma chère Juliet.
J'ai moi aussi le sentiment que la guerre n'est pas terminée, par moments. Quand mon fils Ian est mort aux côtés de son père, à El-Alamein, les gens qui me présentaient leurs condoléances ajoutaient souvent : « La vie continue », pour me réconforter. Quelle bêtise, me disais-je. Bien sûr que non elle ne continue pas. C'est la mort qui continue. Ian est mort et il sera encore mort demain,I 'année prochaine, à jamais. La mort est sans fin. Mais peut-être y aura-t-il une fin à la tristesse. La tristesse a englouti le monde comme les eaux du Déluge, il faudra du temps pour qu'elle reflue. Mais, déjà, on peut distinguer des îlots... D'espoir ? De bonheur ? d'une chose de cet ordre-là. en tout cas. »
.....
Un grand merci à Babelio qui m'a permis de connaître et d'apprécier ce beau roman!
06 juin 2009
Les livres d'Alireza Darvish
..
..
..
Né à Rasht (Iran) en 1968, Alireza Darvish étudie l'histoire de l'Art et de la Peinture à la“Fine Arts Institute” de Teheran où il enseignera par la suite.
Il a produit quelques films d'animation à haute tenue symbolique, s'est distingué comme illustrateur dans quelques magazines littéraires espagnols, et vit actuellement en Allemagne où il poursuit son travail d'artiste.
Alireza Darvish est un poète imagier pour qui le livre est porteur d'âme et passerelle entre les cultures
Pour visiter son site : http://www.animacali.com/
03 juin 2009
Le coeur cousu
A Santavela, un village reculé de l'Espagne, les femmes de la famille dont l'histoire nous est ici contée se transmettent, après une longue et pénible initiation, des formules aux pouvoirs guérisseurs ainsi qu'un coffret que la jeune initiée ne pourra ouvrir qu'au bout de 9 mois, temps au cours duquel germera le don magique qu'un destin secret déjà lui assignait.
C'est ainsi que Frasquita, après 9 mois d'une attente héroïque, devient une magicienne dans l'art de la couture dont les robes pareront les femmes de beauté, dont les tissages marieront les coeurs et dont les sutures transfigureront les hommes.
Et parce que femme étonnante ne peut épouser qu'homme spécial, Frasquita s'unit à José, excellent menuisier mais homme sujet à de longues dépressions durant lesquelles, prostré dans son poulaillier, il finit par s'identifier à un coq. C'est d'ailleurs suite à sa passion pour les combats de coqs que José jouera, et perdra sa femme au profit d'un des fils du propriétaire local.
Frasquita, la femme perdue, devra dès lors fuir l'opprobre du village et partir, bien qu'enceinte, avec sa nombreuse progéniture, là où les routes la mèneront.
Long cheminement épuisant où la famille en dérive croise les troupes révolutionnaires aux prises avec l'armée ainsi qu'un ogre violeur et assassin d'enfants, traversée éprouvante au bout de laquelle Frasquita perd sa joie de vivre et sa raison tandis que le coffret passe de fille en fille, de l'ainée à la benjamine et que nait la petite dernière, Soledad, celle qui rompra le cycle des générations et des transmissions, celle qui demeurera célibataire et jamais n ouvrira le coffret, mais aussi celle qui engendrera le livre et tissera, à l'aide de mots et de signes, la fabuleuse, la douloureuse histoire des siens.
Commentaire
Il est à peine croyable que ce livre soit un premier roman, tant sa forme témoigne d'une maturité et d'un raffinement d'écriture exceptionnels ainsi que d'une poésie et d'une richesse symbolique rares, tant sa construction s'avère parfaitement élaborée et maîtrisée, tant son contenu, mêlant imagination, rêves, réalité, fantasmagorie et contes, tisse avec art les fils de l'âme féminine, de son destin et de sa liberté
"Depuis le premier soir et le premier matin, depuis la Genèse et le début des livres, le masculin couche avec l'Histoire. Mais il est d'autres récits. Des récits souterrains transmis dans le secret des femmes, des contes enfouis dans l'oreille des filles, sucés avec ie lait, des paroles bues aux lèvres des mères. Rien n'est plus fascinant que celte magie apprise avec le sang, apprise avec les règles.
Des choses sacrées se murmurent dans l'ombre des cuisines.
Au fond des vieilles casseroles, dans des odeurs d'épices, magie et recettes se côtoient. L'art culinaire des femmes regorge de mystère et de poésie.
Tout nous est enseigné à la fois : l'intensité du feu, l'eau du puits, la chaleur du fer, la blancheur d es draps, les fragrances, les proportions, les prières, les morts, l 'aiguille, et le fiI... et le fiI. »
28 mai 2009
Tag et tout sur mes manies
Sur la gentille invitation de Fantasio, je vais vous ouvrir un petit pan de mon salon de lecture et vous livrer quelques unes de mes manies de lectrice
Plutôt corne ou marque-page? Surtout pas de cornes, ni à la page ni ailleurs! J'aime beaucoup les marque-pages, mais ceux-ci ont tendance à s'échapper de mes livres et ne permettent aucun griffonnage de notes ; si bien que ce sont toujours de vieux papiers, griffonnées et barbouillés par mes soins,qui se retrouvent à marquer le livre
As-tu déjà reçu un livre en cadeau ? Bien sûr ! Tous mes amis et mes proches savent qu'aucun cadeau ne me fait tant plaisir qu'un livre!
As-tu déjà pensé à écrire un livre ? Comme tout lecteur passionné, j'ai eu, en ma jeunesse, des élans d'écriture et me suis laissée aller à en entamer deux, mais ce qui me manquait cruellement, c'est le manque de continuité dans l'imagination. J'aurais voulu écrire comme Paul Auster et ne parvenait qu'à une sorte de nouveau roman rasoir.
Lis-tu dans ton bain ? Non jamais, j'ai besoin d'un milieu sec pour me sentir à l'aise avec un livre
As-tu un livre culte ? Non, vraiment pas. Quand on me pose la fameuse question des livres à emporter sur une île déserte, je ne parviens jamais à réaliser un choix, tant nombreuses sont es oeuvres qui m'enchantent et me semblent essentielles.
Aimes-tu relire ? Volontiers pour autant que ce soient des livres exceptionnels et qu'un certain temps se soit écoulé entre les deux lectures
Que penses-tu des séries en plusieurs tomes ? A priori je me méfie des séries qui, me semble-t-il, donnent le meilleur dans le premier,, éventuellement le second tome, puis ne font qu'étirer leur veine de succès, au détriment de l'intérêt et de la qualité des tomes suivants. Mais il s'agit bien ici d'un à priori, n'ayant en fait jamais exploré les séries sinon, par extension du terme, certaines séries d'avant la première guerre
Rencontrer ou pas les auteurs de livres qu'on a aimé ? S'il m'arrivait par hasard d'en rencontrer un, je serais bien mal à l'aise : Irais-je l'interroger une xième fois sur son métier ou l'aborderais-je simplement comme un homme parmi d'autres? Mais je ne cherche pas spécialement à susciter ces rencontres, évitant, par exemple, les séances de dédicaces lors des foires du livre, surtout à cause de la foule et des files.
Comment choisis-tu tes livres ? D'abord par vos blogs de lecture, pardi ! (je ne voudrais pas m'attirer vos foudres..), en passant du temps à fouiller dans les bibliothèques et librairies, parfois grâce à un article de presse
Une lecture inavouable ? Au risque de décevoir votre curiosité, je n'en ai vraiment aucune à nommer
Un livre idéal pour toi ce serait ? Il devrait être magnifiquement écrit, intelligent, d'une grande finesse psychologique, bourré d'imagination, sensible, original, captivant et que j'en sorte enrichie, grandie, émerveillée
Aimes-tu parler de tes lectures ? Enormément, comme vous tous certainement!
Des endroits préférés pour lire ? Confortablement installée dans un bon fauteuil, dans la paix du soir, avec une tasse de café à portée de main et mon trousseau de lecture à proximité (composé de bics, cahier de notes, dictionnaire et paquet de bonbons)
Télé, Jeux vidéo ou livres ? Si je suis peu, voire pas du tout télé, j'aime certains jeux vidéos pour autant qu'ils ne soient ni stressants, ni compétitifs. Mais bien entendu j'aime encore bien davantage la lecture et si j'avais à choisir entre les trois, je n'hésiterais pas une seconde.
Lire en musique ou en silence ? Comme l'écoute de la musique et la lecture requièrent tous deux mon entière attention, je ne puis lire qu'en silence
Lire par dessus l'épaule ? A part les gros titres de journaux ou le titre d'un ouvrage, je ne me suis jamais surprise à suivre la lecture de quelqu'un. Il faut dire qu'avec ma myopie atavique, les autres caractères me sont illisibles à moins de plonger par dessus l'épaule du lecteur éberlué jusqu'à toucher presque son journal ou son livre
Lire un livre électronique ? Sûrement pas de sitôt! Je n'imagine même pas ce que ce serait une lecture dépourvue de ce plaisir de feuilleter les pages, de laisser des petites billets là où un passage m'a frappée, de manier l'objet livre, sans compter le désagrément de devoir lire à la lumière crue et frontale du livre plutôt que sous le chaleureux éclairage de ma lampe
Livres empruntés ou livres achetés ? Les deux indifféremment pourvu qu'ils soient bons
Quel est le livre que tu lis actuellement et quel sera le prochain ? Je suis en train de lire « Le coeur cousu » de Carole Martinez et « Le cercle des amateurs d'épluchures de patates", reçu de Babelio m'attend déjà impatiemment.
As-tu déjà abandonné la lecture d'un livre ? Oui, souvent! Il y a d'abord certains thèmes qui me rebutent, comme la complaisance dans la perversité ou la violence, il y a ensuite les livres qui suivent une mode et n'ont pour but que de faire recette au détriment de leur qualité, enfin les livres dont l'écriture me parait médiocre et qui me sont aussi insupportables à lire qu'il me serait insupportable d'écouter une symphonie massacrée par ses interprètes
Quel est le premier livre que tu as adooooooré d'amour ? Ca c'est une vraie colle ! Je ne me souviens absolument plus de mon premier coup de coeur, cela remonte à trop loin..
....
Je pense que la plupart d'entre vous ont déjà répondu à ce fameux questionnaire, mais si d'aventure, par inadvertance ou par jeunesse en blog, l'un de vous n'a pu encore y répondre, je l'invite chaleureusement à s'y lancer à son tour!
24 mai 2009
Ciel mon livre !
11 mai 2009
Chinoises
Responsable d'une émission de radio chinoise, Xinran pense dédier cette émission au sort des femmes chinoises. En effet, elle-même a énormément souffert, comme petite fille et comme jeune femme, de cette Chine où règne un communiste dictatorial ne conférant aux femmes qu'un statut purement instrumental.
Très vite, Xinran reçoit un abondant courrier de ses auditrices, et leurs mots, leurs témoignages sont un tel choc pour la journaliste qu'elle décide de consacrer son émission, ses forces et son talent à la révélation de ces vies de femmes impunément violentées, bafouées ou exploitées.
C'est dire s'il fallut à Xinran, pour assumer un tel risque public, ruser avec la paranoïa communiste, censurer certains faits qui auraient ruiné la carrière et la vie de l' équipe où elle oeuvrait, parler un langage diplomatique et vrai, et cela sans compter le temps,la fatigue et le dévouement qu'il lui fallut pour parcourir l'immensité de ce vaste pays dans le but de recueillir d'autres témoignages, d'autres souffrances, d'autres silences...
Bouleversantes destinées saccagées, effroyables enfers quotidiens, terribles trajets de vie semés de pleurs, d'angoisse, d'indicibles douleurs : Comment ne pas être étreints, profondément émus par tant de violences physiques et psychologiques, comment ne pas souffrir avec ces femmes chinoises?
Et comment ne pas admirer, comment ne pas aimer la douce compassion de Xinran, sa délicatesse d'écoute, son courage et son intelligence à éviter les pièges de la censure, son engagement total auprès de ces confidentes auxquelles elle n'hésite pas à apporter aide, présence et générosité de coeur ?
« Chinoises » est une oeuvre que je ne peux assez conseiller. Elle nous grandit, nous rend plus humains et nous invite à devenir plus vigilants envers ceux, et celles, que l'on croise partout dans nos villes, nos villages, et dont le regard triste, l'air morne ou peu avenant recèle trop souvent une souffrance profonde, jamais dite parce que sans espoir d'être jamais entendue...
...
Xinran
....
Xinran est née en 1958 à Pékin. Elle a été journaliste et a animé une émission de radio qui l'a rendue célèbre en Chine, où elle recueillait sans tabou les confidences des femmes. Son premier livre, Chinoises, et le suivant, Funérailles célestes, sont issus de cette expérience et l'ont fait connaître dans le monde entier. Depuis 1997, Xinran vit à Londres. Elle publie une colonne bimensuelle dans The Guardian sur les questions relatives à la Chine et tient le rôle de conseiller aux relations avec la Chine pour de grandes corporations comme la BBC.
27 avril 2009
Où on va, papa?
Vingt ans après les événements, l'auteur trempe sa plume dans son amertume pour nous raconter son vécu de père de trois enfants dont les deux premiers, deux garçons Mathieu et Thomas, sont gravement handicapés, physiquement et mentalement, et dont la troisième, Marie, est tout à fait normale. Mathieu décède à l'âge de15 ans, suite à une importante opération à la colonne vertébrale. Peu après, la femme de Fournier le quitte parce qu'elle n'en peut plus de cet homme qui, comme il le dit, l'a poussée à bout (avec ses sarcasmes, en l'accablant de sa propre souffrance, de sa blessure de père) . Thomas, lui, vit toujours, mais il a perdu les dernières lueurs de joie qu'il éprouvait encore dans son enfance..
Commentaire
Je n'ai pas aimé cet ouvrage.
Je sais que mon avis ne fera pas l'unanimité, ce serait même plutôt le contraire, mais je me devais de m'insurger contre une mode qui du cynisme fait une vertu.
Le ton de ce livre est grinçant, moqueur, volontiers caustique, et il a été dit et répété que le regard sarcastique de l'auteur lui servait de rempart contre la souffrance, ce à quoi je souscris entièrement. Mais de quelle souffrance s'agit-il exactement? Point n'est besoin d'être grand psychanalyste pour percevoir que cette souffrance n'est rien d'autre que la terrible blessure narcissique d'un père dont les fils ne seront pas les prolongements glorieux.
Je ne nierai pas qu'il y a, dans ces pages, quelques moments de réelle compassion, de tristesse empathique pour ces deux êtres aux corps ravagés de souffrances et aux coeurs en peine, mais la note dominante reste celle de la déception:
« J'aurais bien aimé avoir des enfants dont je sois fier. Pouvoir montrer à mes amis vos diplômes, vos prix et toutes les coupes que vous auriez gagnées sur les stades. On les aurait exposées dans une vitrine dans le salon avec des photos où on nous aurait vus ensemble. J'aurais, sur la photo, la mine béate et satisfaite du pêcheur qui s'est fait photographier avec le poisson énorme qu'il vient d'attraper. »
Parce que justement, le père ne peut s'enorgueillir de ses enfants, tel un mâle exhibant son organe, il éprouve une sourde rancune à leur égard, mais comment écouler une telle rancune envers deux êtres innocents sinon par le biais de l'ironie et de la causticité ? Et croyez bien que quand je parle des fils organe du père, je mesure mes propos à l'aune même des paroles de Fournier : « Comme Cyrano de Bergerac qui choisissait de se moquer lui-même de son nez, je me moque moi-même de mes enfants. C 'est mon privilège de père. »
Non, ses fils ne deviendront pas polytechniciens, n'accompliront aucun de ces rêves grandioses que le père nourrit à l'égard de sa progéniture, mais cette blessure narcissique reste irréconciliable, suscitant chez l'auteur l'amertume, la rancoeur, la haine parfois, déguisée sous le masque du rire grinçant : « J'ai pensé que, quand ils seraient grands, j 'allais leur offrir à chacun un grand rasoir coupe-chou. On les enfermerait dans la salle de bains et on les laisserait se débrouiller avec leur rasoir. Quand on n'entendrait plus rien, on irait avec une serpillière nettoyer la salle de bains. J'ai raconté ça à ma femme pour la faire rire. » Je pense qu'il est humain et normal d'avoir des vélléités de meurtre envers des enfants bruyants et pénibles, mais de là à se complaire dans un scénario sadique, il y a une marge énorme, celle qui sépare l'amour exaspéré d'un relent de haine réelle.
La blessure narcissique se répète jusqu'à l'écoeurement et s'avère jusqu'en ce symptôme surprenant : jamais Fournier n'évoque sa fille, qui doit pourtant être là quelque part, mieux même il la nie puisque, quand il dit « mes enfants » , le propos ne concerne jamais que ses deux fils.
Ce témoignage aura été écrit 20 après, alors que Mathieu est décédé et que Thomas prend de l'âge, mais la blessure narcissique du père est toujours aussi cuisante, aussi amère.
Dans « Chinoises », le Vieux Chen dit à l'auteur « Xinran, vous devriez écrire tout cela. Ecrire permet de se décharger de ce qu'on porte et cela peur aider à créer un espace pour accueillir de nouvelles façons de penser et de sentir ». Mais Fournier qui se vengeait de sa déception par le cynisme et le goût de choquer ceux qui prenaient soin de ses fils n'aura modifié ni sa façon de penser, ni celle de sentir.
De cela, monsieur Fournier, je vous plains...


















