Bibliophagie

Blog qui parle des auteurs, des livres et de tout ce qui tourne autour de la littérature...

15 décembre 2008

Trois chevaux

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Celui qui prend la parole en ce livre est un homme meurtri, ayant suivi son épouse aimée en Argentine, puis milité avec elle contre la dictature et le crime ; mais sa femme Dvora sera emmenée et exécutée par les militaires,  tandis que lui échappera de peu à la rafle, fuira à travers le pays jusqu’à l’océan, vers l’Italie.

Alors s’éteint le premier cheval, puisque la vie dure le temps de vie de trois chevaux.   

Cet homme qui a appris désormais à vivre en solitaire, sans besoins ni attaches,  a gardé de ces années pénibles le sens de la solidarité, un immense respect des choses et des hommes, une gravité sans lourdeur. 

Parvenu en Italie, il devient jardinier, plante des arbres, leur parle, travaille lentement ainsi que l’on prie. En communion avec le ciel, la terre et les éléments. Et lors de ses pauses, il lit.

Vient alors Selim l’africain, l’homme qui gagne son pain au gré des saisons, et à qui le narrateur offre les fleurs excédentaires du jardin afin qu’il puisse les vendre, Selim l’ami et le débiteur du jardinier. Vient Lâila, la femme qui offre son corps pour de l’argent, avec laquelle une relation amoureuse s’esquisse et qui, profondément éprise également, voudra quitter son métier. Mais une telle décision ne se réalise pas sans danger..

Et meurt alors le deuxième cheval...

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Commentaire

Ce livre se lit lentement, au rythme d’un jardinier soigneux de son ouvrage, il se savoure ainsi que Selim, l’ami, qui tourne et retourne un noyau d’olive dans sa bouche, il se médite, tant sa sobriété est, dans son dépouillement même, touché par la grâce.

L’écriture d’Erri de Luca est rude et âpre comme la joue d’un homme non rasé, profonde et exigeante comme la langue des anciens et des sages, poétique et belle comme un paysage vierge et dénudé.

Et l’histoire qui nous est ici proposée montre le visage d’un homme tendre et rude, aimant les êtres et profondément solitaire, exigeant envers lui-même et tolérant envers les autres, un homme que la souffrance a raboté jusqu’à l’épure, un homme d’une totale droiture et que rien, jamais, n’arrêtera dans sa lutte pour ceux qui sont en danger.

(Il me plait d’ imaginer que ce portrait est le reflet de l’auteur lui-même...)

« Quand il m'arrive de sentir que mon temps est peu de chose, je pense à celui qui s'écoule simultanément dans bien des endroits du monde et qui passe près du mien : ce sont des arbres qui chassent des pollens, des femmes qui attendent une rupture des eaux, un garçon qui étudie un vers de Dante, mille cloches de récréation qui sonnent dans toutes les écoles du monde, du vin qui fermente au soutirage, toutes choses qui arrivent au même moment et qui, alliant leur temps au mien, lui donnent de l'ampleur. »

Posté par 6billine à 23:09 - De Luca Erri (2) - Commentaires [19] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

10 mars 2008

Acide, Arc-en-ciel

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Trois hommes, trois récits : leurs visites au narrateur, celui qui écoute, à qui on peut tout dire, celui qui vit au travers de leurs amitiés et accueille leurs vies
Ainsi voit-on défiler un ouvrier qui parle de sa condition de travailleur, de cette âpreté, et qui évoque sobrement son engagement auprès des groupes terroristes, qui lui reste comme un remords, pour conclure "Nous avons perdu parce que nous fûmes incapables d'écarter de notre droit le penchant à l'arbitraire."

Le deuxième témoignage est celui d'un missionnaire, serviteur de Dieu bon et lucide  parti durant vingt ans en Afrique et qui, désabusé, expose ce bilan : "J'en suis arrivé à la conclusion qu'ils doivent se débrouiller seuls, sans nous. Nous ne sommes qu'une agence d'aide à fonds perdu." Le dernier ami est un vagabond angoissé, amoureux des femmes, qui erre de chambre d'ami en chambre d'ami et passera, finalement, deux années d'emprisonnement suite à un malentendu.

Commentaire

Ce récit bouleversant d’un homme dont l’amitié fidèle et l’humble écoute font un lieu de ressourcement pour trois personnages en quête de sens et d’idéal est, à mon sens, un des meilleurs romans de l'auteur.

J'aime l'exigence morale, la droiture, le grand amour des hommes et des éléments, le respect profond de ce très grand écrivain qu'est Erri De Luca 

"Mes amis vinrent me trouver à intervalles très irréguliers, m’apportant des nouvelles de vies aventureuses. Leurs histoires passaient à travers moi, du vent dans la ramure d’un arbre plutôt que des voix dans mes oreilles : elles m’agitaient, puis je les oubliais. Ils entraient dans cette maison qui n’a pas d’escalier, dont l’entrée est au niveau du sol, ils s’asseyaient à la table qui fut pour eux celle d’une arrière-ligne. Ils furent tout ce que j’ai su du monde. Je suis resté dans cette maison à l’écart des routes."

Posté par 6billine à 16:53 - De Luca Erri (2) - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Erri De Luca

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Il est né à Naples en 1950.
À la fin de l'adolescence, il se donne à fond dans un engagement politique au sein du mouvement d'extrême gauche « Lotta continua », puis choisit d'exercer de multiples métiers manuels tant en Afrique et en France qu'en Italie.
Parallèlement, de manière totalement autodidacte, il apprend l'hébreu pour lire les textes sacrés, qu'il entreprendra ensuite de traduire, d'abord pour son propre usage puis dans la perspective d'une publication. Ses brefs récits, notamment "Acide, Arc-en-ciel", où se mêle l'exigence morale et une grande sincérité de la voix, rencontrent un vaste écho en Italie mais aussi ailleurs.

Il collabore au Mattino, le principal journal de Naples, et à divers autres périodiques.
Durant la guerre en ex-Yougoslavie, il effectua, en tant que conducteur de camions pour une organisation humanitaire, diverses missions auprès des populations bosniaques.

Posté par 6billine à 16:48 - De Luca Erri (2) - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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