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Par deux fois déjà Simon fut face à l’éblouissement de la grâce qu’une femme éperdument aimée, Elisabeth, symbolise. Par deux fois déjà il l'a rejetée, la première fois par méconnaissance, innocemment, la deuxième fois violemment, volontairement, dans l’effroi et la haine de ce qui aurait dévasté sa vie d’apparence, d’apparats, avec ses faux semblants, son opulence facile et conventionnelle qu’une épouse,  Carine, représente.

Mais l’Appel que l’homme a entendu ne se laisse pas oublier, il reste gravé en lui, dans la paume de sa main où la femme adorée jadis déposa son visage. Marque tantôt vénérée, tantôt haïe. Trace à la fois d’un scrupule, d’un rejet et d’un espoir. 

« Quelques semaines, un été, il a cru qu’il aurait le pouvoir de se surmonter, qu’il serait plus généreux, plus sage, qu’il ne retiendrait du monde vide que la femme qui annulait toute vacuité et qui serait sa plénitude, qu’il sauverait cet amour qu’ils n’avaient pas vu d’abord et qui les transportait si violemment tant d’années après qu’ils s’étaient rencontrés et qu’ils n’avaient pas su se choisir »

Parce que Simon renonce à l’Idéal, à l’aspiration la plus haute à laquelle chaque homme, chaque femme est appelé, parce qu’il bafoue chaque jour cette grâce qui lui fut faite en se complaisant dans la médiocrité et les bas instincts, la Grâce finit par se déliter, par mourir, elle qui ne vit que dans l’innocence et la pureté d’âme, et c’est ainsi qu’Elisabeth se refusera, lors de leur troisième et dernière rencontre, à ce Simon qui n’a pu préserver ni son âme ni sa grandeur native.

Alors il ne reste plus à Simon qu’à prier ce Dieu auquel pourtant il ne croit plus, pour lui adresser son aveu rageur, désespérant :

« Et je Vous parle dans l’urgence seulement, parce que, dans l’enfance, on m’a donné Votre nom comme horizon, alors que mon cœur est vide de Vous comme il est vide de tout.

Je ne saurai jamais la pénitence : elle serait l’aveu, la simplicité ou le dénuement. Je suis si faible que je verrai mourir mon âme sans écarter les pans de mon manteau et Vous montrer mon ventre et mes genoux de pauvre que les taons ont piqué et que les vers rongent. Ce que je Vous expose ? Ma violence de jouir, Ma convoitise. Un torse replet. De la pourpre. »

Et la Marque même, dernier vestige de cet Amour total, disparaît…

 

Devant cette œuvre hors du commun, je n’ai nul désir de commenter,  mais seulement de m’incliner et d’admirer, comme je vous invite à le faire…

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Laurence Plazenet

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PlazenetLaurenceIUF

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Née le 22 juin 1968 à Paris, Laurence Plazenet est philologue, historienne de la littérature et  spécialiste du XVIIème siècle. Elle enseigne à la Sorbonne. « L'amour seul » est son premier roman, suivi de « La blessure et la soif », et, récemment, « Disproportion de l’homme »