25 février 2009
La formule préférée du professeur
La jeune narratrice de ce roman est une aide-ménagère élevant seule son fils de 10 ans. Courageuse, dévouée et ne se plaignant jamais malgré la dureté de son métier, elle est aujourd’hui affectée au service d’un vieux professeur de mathématiques qui, suite à un accident, ne dispose plus que d’une mémoire couvrant les dernières 80 minutes, tout événement antérieur sombrant dans l’oubli absolu. Seuls demeurent intacts ses souvenirs anciens, ceux d’avant l’accident.
Quand le professeur apprend que son aide-ménagère a un fils, il lui demande de faire venir l’enfant après ses heures d’école et accueille avec une chaleur émerveillée et protectrice le petit Root comme il le nommera puisque son crâne a la forme d’une racine carrée.
Entre le mathématicien et Root nait une amitié intense fondée sur le souci qu’ils ont l’un de l’autre, sur leur passion partagée pour le base-ball et sur l’amour des chiffres que le professeur communique à l’enfant.
Cette amitié, que la narratrice partage, ne s’éteindra jamais.
Mais le vieil homme dépend de sa belle-sœur, une veuve à la fois proche et distante qui veille sur son « petit beau-frère», ainsi qu’elle l’appelle, avec un soin jaloux...
Commentaire
Avec « La formule préférée du professeur » nous sommes à mille lieues de l’atmosphère oppressante, perverse et cruelle de « La piscine » ou de » La grossesse » par exemple : tout ici est tendresse, souci respectueux de l’autre et délicatesse de cœur.
On retrouve néanmoins intacts la belle écriture tout en finesse d’Ogawa ainsi que le pouvoir évocateur d’une symbolique où se noie parfois le sujet principal du livre : ainsi ces longs rapports concernant l’équipe de base-ball des Tigers, leur montée et leur apogée avec Enatsu, le héros du temps où la mémoire du vieil homme n’avait subi aucun dommage, leur réussite et leur lent déclin sont à mettre en parallèle avec l’histoire du professeur, principalement avec celle de sa mémoire en perdition.
Quant aux mathématiques, cette science que le professeur transmet à ses amis comme le ferait un mystique pour les mystères sacrés, elle inscrira en eux un signe de pérennité, d’amour et de consolation qui les accompagnera leur vie durant. Elle sera le lien éternisé d’une amitié qui n’avait d’autre langage et dont les chiffres disaient la douce émotion.
12 juillet 2008
La piscine -Les abeilles -La grossesse
Dans « La Piscine», une adolescente vit dans un orphelinat que tiennent ses parents. Elle souffre de se voir ainsi voler ses parents, et se venge en s’amusant à terrifier et à nuire à la plus vulnérable des petites orphelines. Parallèlement, elle est fascinée par le corps de Jun, un autre orphelin qui, chaque jour, s’entraîne à plonger dans la piscine. Jun connaît l’attitude cruelle de la jeune adolescente mais ne lui fait aucun reproche
Dans « les Abeilles », une jeune femme aide son cousin à s’installer dans son ancienne pension universitaire à Tokyo. Cet endroit, tenu par un directeur amputé des deux bras et d’une jambe subit un étrange processus de dégradation où les abeilles jouent une part obscur . Egalement inquiétante est l’absence du cousin à chaque visite de la narratrice qui partage alors quelques moments avec le directeur
Dans « La Grossesse», une jeune femme observe froidement la période d’anorexie nauséeuse suivie d’une période de boulimie anormale de sa soeur enceinte. Apprenant que les pamplemousses importés d’Amérique ont un effet néfaste sur les fœtus, elle en prépare tous les jours une casserole de confiture. Lors de l’accouchement, la narratrice se précipite à la maternité pour voir le bébé détruit pas les pamplemousses contaminés.
Commentaire
Avec son écriture parfaite, mais glaciale, Ogawa porte un regard clinique et détaché sur les évenements qu’elle relate sans les analyser psychologiquement ni les conclure, sinon sur une note étrange, dérangeante.
Toute orientale par la finesse de ses descriptions et la justesse de son phrasé admirable, Ogawa en accueille également toute une gamme de ce que certains de ses représentants peuvent parfois déployer comme perversions : Ainsi sa passion fétichiste pour une partie du corps scientifiquement et érotiquement appréhendés (muscles de Juan, orteils préhensiles du directeur, chairs de la sœur enceinte), ainsi également sa complaisance quasi morbide à donner libre cours aux pulsions les plus nocives (faire pleurer la petite orpheline, admirer les contorsions de l’homme amputé, expérimenter les fruits toxiques sur le fœtus en formation)..
Si bien que cette auteur à succès suscite en moi un grand malaise et un immense éloignement.
Yôko Ogawa
Yôko Ogawa est née en 1962.
Remarquée dès son premier roman, pour lequel elle obtient en 1988 le prix Kaien, sa renommée ne cesse de croître, et, en 1991, elle remporte le prestigieux prix Akutagawa pour "
Son univers obsédant, son écriture d'une exigence totale, d'une économie et d'une acuité remarquables, donnent à son oeuvre déjà importante une place indéniable dans la littérature contemporaine.
Elle vit aujourd'hui avec sa famille dans la vieille cité marchande de Kurashiki et se consacre à l'écriture.



