22 novembre 2008
Fugitives
Parce qu’elles sont insatisfaites de leur sort ; parce qu’elles sont peu sûres d’elles et qu’une opportunité leur est offerte ; parce que tout est pesanteur dans leurs vies monotone ; parce qu’elles étouffent chez elles, «par usure ou par hasard», elles partent sur les routes pour, finalement, vivre au loin à peu près ce qu’elles vivraient si elles étaient restées sur place.
Oui, il est beau de quitter son milieu et son pays avec un rêve en tête, ou simplement pour voir si la vie n’est pas plus souriante ailleurs, mais au bout du compte, ces femmes se retrouvent toujours pareilles à elles-mêmes, car rien de leur secret intime, de leurs véritables raisons d’agir, de ce manque qui les taraudait, de ce désir qui les poussait, n’aura été discerné.
Parfois aussi, au lieu de fuir au loin, elles s’évadent sur place, dans les illusions, dans la maladie, dans l’indifférence à tout, mais qu’il s’agisse d’échappées ou d’échappatoires, ce qui avait été espéré comme une neuve liberté n’aura été qu’un doux et triste leurre...
Commentaire
Alice Munro, cette extraordinaire conteuse des péripéties du cœur, nous donne à penser, dans sa langue subtile et nuancée, que fuir se fonde toujours sur le désir de se fuir, et qu’une telle entreprise ne peut qu’égarer ses victimes, les laissant, en bout de course, un peu plus lasses, un peu plus désabusées.
Il ne suffit pas de prendre sa liberté, encore faut-il la mettre aussitôt au service d’un sens, d’un projet, l’asservir à une cause qui la dépasse sans quoi, inemployée, elle se remet bien vite, à force de petits accommodements, de renoncements faciles, d’influences inadéquates, à n’avoir plus été que velléité, feu de paille réduit en cendre.
Munro se révèle, cette fois encore, être une véritable orfèvre de l’âme féminine, elle mène son lecteur à travers les remous du cœur comme en un paysage encore en friche où la trace d’un chemin laisse encore de vastes zones inexplorées.
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Je remercie tout particulièrement La Muse agitée qui m'a fait découvrir ce magnifique livre, et Sourifleur, qui me l'a si gentiment offert.
Alice Munro
Née dans l’Ontario le 10 juillet 1931, Alice Munro fera de multiples escapades à travers le Canada avant de revenir s’y installer. Entre-temps, il y aura eu son divorce, la mort d'un de ses enfants, et cette librairie qu'Alice Munro ouvrit en 1963 à Victoria, avant de publier son premier recueil de nouvelles, cinq ans plus tard.
L'un de ses thèmes de prédilection est le dilemme vécu par l'adolescente contrainte de quitter sa famille et sa ville. D’autres ouvrages traitent de la crise de la quarantaine, de la femme seule et des personnes âgées.
Son style se caractérise par sa recherche du geste révélateur qui jette un éclairage sur un événement et lui donne une signification personnelle


