09 mars 2008
A propos de "Se souvenir de Lampe"
« Je ne crois pas que la grande horloge de la cathédrale ait accompli sa tâche visible avec moins de passion et plus de régularité que son compatriote Emmanuel Kant. Se lever, boire le café, écrire, faire son cours, dîner, aller à la promenade, tout avait son heure fixe, et les voisins savaient exactement qu'il était deux heures et demie quand Emmanuel Kant, vêtu de son habit gris, son jonc d'Espagne à la main, sortait de chez lui, et se dirigeait vers la petite allé de tilleuls, qu'on nomme encore à présent, en souvenir de lui, l'allée du Philosophe. Il la montait et la descendait huit fois le jour, en quelque saison que ce fût ; et quand le temps était couvert ou que les nuages noirs annonçaient la pluie, on voyait son domestique, le vieux Lampe, qui le suivait d'un air vigilant et inquiet, le parapluie sous le bras, véritable image de la Providence.»
Tel est le portrait de Kant et de son valet Lampe que nous dépeint Henrich Heine dans son "De l'Allemagne"
Se souvenir de Lampe
Dans un carnet de notes de Kant figurent ces mots énigmatiques : « A compter de maintenant et à l’avenir, il ne faut plus se souvenir du nom de Lampe. » C’est à cette énigme que se coltine l’imagination de de Juan.
Lampe fut pendant 24 ans le valet du philosophe dont la vie était mieux réglée que du papier à musique. Le roman abonde en détails sur les singularités du philosophe : ses phobies, ses obsessions, ses égoïsmes mesquins. Quant à Lampe, c’était un homme vil et profiteur, voleur à l’occasion et brutal envers sa femme. Jusqu’au jour fatidique où, pris de boisson, il insulta gravement son maître, provoquant ainsi son renvoi. A sa place est engagé un certain Kaufmann, qui avait autrefois, pour de justes raisons qui nous serons révélées, brisé la carrière militaire de Lampe. Cet engagement ulcéra Lampe qui, quelques jours plus tard, faisait effraction chez Kant pour blesser grièvement Kaufmann à coups de sabre.
Commentaire
Une petite découverte à laquelle j'ai pris grand plaisir. Bien écrit, ce livre nous dresse un portrait pas trop édifiant de Kant, qui était en effet un grand obsessionnel, égoïste et insupportable à vivre....Comme quoi il peut y avoir une contradiction entre la philosophie et la vie d'un homme (ce qui ne devrait pas être, ainsi que Platon le soulignait). Car c’est bien Kant qui énonçait dans sa critique de la raison pratique « Agis de telle sorte que tu traites l'humanité aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre toujours en même temps comme une fin et jamais simplement comme un moyen»
La personnalité et l’évolution de Lampe sont dépeintes avec beaucoup de pénétration , l’auteur parvient admirablement à se glisser dans la peau de ce personnage aigri et à suivre les méandres de ses pensées.
L’écriture est fort agréable et l’auteur nous réserve un léger recul ironique vis-à-vis de ses personnages que l’on ne peut vraiment exécrer
José Luis de Juan
Né sur l'île de Majorque en 1956.
Il suit sa scolarité primaire et secondaire à Palma de Majorque, carrefour culturel de la Méditerranée.
Ilétudie le droit et les sciences de l'information à l'université autonome de Barcelone et deviens juriste, spécialiste des Relations Internationales. Il collabore régulièrement au supplément Culture de quotidien El País.
Sa vocation littéraire est précoce ; dès l'âge de dix-sept ans il gagne un prix professionnel de nouvelles et voit son œuvre déjà publiée.
Il a reçu le prix Juan March Cencillo pour "L'apiculteur de Bonaparte", et le prix Gran Angular pour "Se souvenir de Lampe".



