30 octobre 2008
Le livre de ma mère
Ce livre est l'évocation d'une femme à la fois simple et bonne, une mère, aujourd'hui morte, qui n'a vécu que pour et par son fils.
Et ce fils, l’auteur lui-même, pleure infiniment cette mère disparue, il se remémore ses dévouements et déplore ses propres ingratitudes et duretés de fils. C’est au cœur de ses regrets et de ses remords toujours trop tardifs, ainsi que de sa reconnaissance toujours trop tard accordée qu’Albert Cohen puisera afin d’écrire cet hymne à la mère, cette oeuvre nécessaire, mais marginale dans son parcours d’écrivain.
Commentaire
Mère avant toute chose, « ma mère » se consacre exclusivement à son fils qu’elle choie avec une dévotion absolue, une admiration sans bornes et une complaisance aveugle, d’autant plus qu’Albert est son enfant unique et qu’elle n’entretient, ni ne veut entretenir de relation avec personne.
Quant au père, décrit à un moment comme sévère, il n’apparaît qu’accessoirement : il est, par exemple, celui derrière le dos duquel la mère vend ses bijoux afin de combler son fils de tout l'argent que sa jeunesse exige. Partout ailleurs, le père n’est qu’une ombre effacée derrière celle du fils puisqu’il est exclu de la fusion du couple mère-fils
Parce qu' Albert fut l’enfant centre du monde, habitué à recevoir toutes les attentions et toutes les gratifications sans aucun délai, une fois adulte, il souffrira cruellement d’une intense culpabilité, non tant en raison des duretés que, jeune homme, il infligea à sa mère trop intrusive (ainsi qu’il le prétend), mais bien plutôt parce qu’un dévouement aussi illimité fait peser sur son bénéficiaire-victime une dette incomblable.
Et la culpabilité est d'autant plus profonde qu’il ne peut s’empêcher d’éprouver quelque mépris envers cette femme si naïve et si simple. Ainsi se multiplient les phrases telles que celle-ci :
« Revenue de la cuisine, elle allait s'asseoir, très sage en sa domestique prêtrise, satisfaite de son pauvre petit convenable destin de solitude, uniquement ornée de son mari et de son fils dont elle était la servante et la gardienne. »
Il souffrira également d'une misanthropie pleine d'amertume puisque plus personne, jamais, ne s’abolira ainsi pour ne vivre qu’à l’affût des besoins et des attentes de l’enfant grandi.
Et je me pose la question : une telle mère est-elle, finalement, une bénédiction ou une malédiction ?
« Me voici, I'homme nu, abandonné, stupéfait, un homme pâle qui veut comprendre, me voici, transpirant et respirant avec peine car je n'y comprends rien à mon humaine aventure, ayant mal dans cette respiration difficile mais qui veut tristement continuer et qui, entre I'inspiration et I'expiration, contient toujours ma mère venant lourdement vers moi »
..
Un grand merci à Roxane dont le bel article m'a permis d'apprécier la belle écriture de Cohen et de réfléchir aux formes que peut revêtir l'amour d' une mère...
09 mars 2008
Belle du Seigneur
Ariane a épousé Adrien Deume, un petit bourgeois qui travaille à la S.D.N.. Mais Solal, le chef d'Adrien Deume, veut séduire Ariane, il envoie donc le mari en mission à l'étranger pour trois mois.
Solal tient alors à Ariane un discours sur la séduction , discours qui séduit la femme de Adrien. Tous deux fuient dans le sud de la France.
Adrien, rentré de mission plus tôt que prévu, est effondré par le départ de son épouse et tente de se suicider.
Les amants s'installent dans un luxueux hôtel, mais lassés de cette existence superficielle et fastueuse, se rendent dans une villa isolée : " la Belle de Mai".
Leur passion dégénère, Solal se révèle de plus en plus violent. Entre eux, le lien passionnel s'étiole et l'ennui s'installe. Désabusés, les amants reviennent à Genève et se suicident
Commentaire
Ce livre tant vanté, m'a paru pétri de cynisme et de perversion, tout ceci bien sûr, sous le prétexte et le masque de l’Amour sublime
Ariane, la complice de ces jeux de l’amour, Solal, l’ expert en perversion subtile, Cohen, qui m’a fait croire à un roman d’ amour passionnel alors que je n’ai lu qu’un roman sur la ruine de l’amour-fantasmé, tout m’a écoeuré et déçu dans ce livre
D'un point de vue littéraire, ce livre est pourtant magnifique, sublime, les métaphores, les tournures de phrases , tout est prodigieux dans l’écriture de Cohen
Dommage que tant de talent soit utilisé à opérer cette perversion qu’est une écriture sublime (comme l’est le discours séducteur de Solal) pour conduire aux fins d’ un fantasme plat
Albert Cohen
Né à Corfou en 1895, Abraham Albert Coen appartient à l'importante communauté juive de l'île. Ses parents ont une fabrique de savons, mais quand la fabrique périclite et que l'antisémitisme grandit sur l'île, ils émigrent à Marseille .
En 1914, Albert Coen quitte Marseille pour Genève. Il s' inscrit à la faculté de droit
et s'engage en faveur du sionisme. Pour judaïser son nom, il va y faire ajouter un H et deviendra Albert Cohen. En 1919, il obtient la nationalité suisse (il était ottoman).
Au moment de l'invasion allemande, il fuit à Bordeaux puis à Londres et ne rentre à Genève qu'en 1947
1968 est l'année de consécration pour Albert Cohen qui publie son œuvre majeure. « Belle du seigneur » (Grand Prix de l'Académie Française).
Albert Cohen souffre alors de dépression nerveuse et manque de mourir d'anorexie en 1978. Cette mort qu'il attend ne veut pas de lui. Il va alors employer ses dernières années à faire la promotion de son œuvre
Il décède le 17 octobre 1981



