Bibliophagie

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05 avril 2008

La Cocadrille

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« Il est dit souvent aujourd’hui, preuves chiffrées à l’appui, que le plus grand nombre des êtres qui vivent ici-bas sont encore des paysans. Ce fait en dissimule un autre, qui a bien plus de portée. C’est que pour la première fois de notre Histoire, il devient possible que la classe des survivants n’aille pas survivre. D’ici quelques décennies, il n’y aurait alors, sur terre, plus de paysans du tout.»
Pour garder ce monde en mémoire, John Berger brosse quelques tableaux de la vie paysanne au sein d’un village de Haute-Savoie sous forme de  courtes nouvelles dures et touchantes.

Lucie Cabrol, la Cocadrille, qui clôt le livre , est une nouvelle particulièrement poignante: La Cocadrille est née difforme et naine. Confrontée au milieu âpre et dur des champs et à la moquerie des gens, elle apprend à se défendre et à lutter. Rejetée de tous, elle vit avec un courage indomptable. Seul Jean, un jeune homme du pays, l’aimera deux nuits durant, mais devant ce petit bout de femme si déterminé, il prendra peur, s’enfuira...pour revenir bien plus tard, vieux, pauvre et seul. Entretemps, totalement isolée, reléguée traitreusement par son village dans une vieille cahute délabrée, la Cocadrille, à force de travail et de vaillance, s’est constitué un petit magot et , au retour de Jean, elle lui proposera le mariage. Quand le lendemain ce dernier vient lui donner sa réponse, il la trouve morte, assassinée...

Commentaire

Un livre extrêmement touchant où Berger déploie toute la tendresse âpre qui est la sienne. Certes Berger ne mâche pas ses mots pour nous décrire le monde paysan dur au travail et impitoyable, mais l’on sent partout son amour pour ces gens et pour cette vie au plus près de la terre.

La beauté de son style s’allie à l’immense tendresse que Berger éprouve pour cette femme courageuse et dure que ni le rejet des villageois, ni la pauvreté dans laquelle l’a précipitée sa famille n’entame. Merveilleux hommage à l’égard des personnes différentes, la Cocadrille ne se laisse pas oublier par ceux qui l’ont rencontrée dans ces pages...

Posté par 6billine à 20:26 - Berger John - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

John Berger

John_Berger

Né en 1926 à Londres, John Berger étudie durant 5 ans aux Beaux-Arts. Puis, il poursuit sa
formation artistique à l'école centrale de l'Art et à l'école d'Art de Chelsea et enseigne le dessin de 1948 à 1955.
En débutant sa carrière journalistique au Statesman de Londres en 1952, il commence à écrire des romans. Editeur de livres d'Art, il écrit également des romans évoquant l'exil, les migrations, le néolibéralisme ou encore le déclin du monde paysan.
'Au regard du regard', un essai publié dans les années 70 sur Rodin, le rend célèbre. Dans 'Qui va là' publié en 1996, l'auteur britannique traite d'une future mariée atteinte du Sida. Son dernier roman 'King' évoque la condition violente d'un SDF. L'ensemble de ses ouvrages font de ce féru d'Art un auteur très engagé.
E
n 1977, il a obtenu le Booker Prize pour son roman "G". Le prix Pétrarque de littérature lui a été attribué en Allemagne.

Posté par 6billine à 20:20 - Berger John - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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