Bibliophagie

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28 décembre 2008

Kafka sur le rivage

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Kafka Tamura, jeune garçon de 15 ans, fugue de chez son père pour échapper à la malédiction que ce dernier emprunta à Laïos, le père d’Œdipe, selon laquelle le fils tuera son père, violera sa soeur (petit ajout à Sophocle) et couchera avec sa mère. S’il connaît bien, et rejette son père, Kafka ignore tout de sa mère, partie avec sa fille adoptive alors qu’il n’avait que 4 ans

Le nom de Kafka est lui-même un emprunt à l’auteur de « La colonie pénitentiaire » parce que, comme le condamné de la nouvelle, le jeune adolescent se sent marqué à son insu d’un destin qui lui échappe et le torture.

Son périple le mènera à la bibliothèque de Komura où il trouvera aide et protection, mais où il rencontrera ses fantômes dans une odyssée fantasmagorique.

Parallèlement à cette histoire, Nakata, un vieil homme, est poussé malgré lui à entreprendre un voyage sur des chemins parallèles à ceux de Kafka. Dépouillé de toutes ses connaissances suite à un phénomène surnaturel, mais investi dès lors de pouvoirs étranges, il se laisse conduire, sous la protection d’un jeune routier, par une force inconnue qui l’entraine dans une aventure toute surréaliste .

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Commentaire

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Murakami, inspiré ou convaincu par les grandes tragédies grecques, nous offre un roman où le destin est le seul maître des hommes et où les dieux se jouent d’eux, leur posent des énigmes insolubles et apparaissent sous des apprêts divers.

Mais Kafka est un Œdipe bien inconsistant face à celui de Sophocle . Ainsi, afin de réaliser la malédiction oedipienne qu’il fuit  pourtant, il se persuade de l’avoir accomplie alors même qu’elle ne l’a été que dans ses rêves et ses fantasmes, faisant fi de la distinction essentielle entre la réalisation et le désir.

« Tu ne veux plus te laisser mener par les événements extérieurs ni te laisser plonger dans la confusion. Tu as déjà tué ton père. Tu as violé ta mère. Et maintenant tu viens de pénétrer ta soeur. S 'il y a une malédiction dans tout cela, tu dois t'y soumettre. Tu dois suivre le programme tel qu'il doit se dérouler. Tu dois te décharger sans attendre du fardeau que tu portes, puis cesser d'obéir aux plans formés par un autre que toi, et vivre ta propre vie. C'est cela que tu souhaites. »

Nakata, le vieil homme frappé tout jeune encore par une force à relent divin, se relèvera, non pas aveugle comme Tirésias, mais illettré, et sera, comme son prédécesseur, doté du don de prédiction en même temps qu’il devient une sorte de jouet des dieux .

A mon avis, ce roman ne possède ni la force, ni la portée symbolique des œuvres antiques : Le caractère décousu et onirique du livre en empêche toute interprétation ; l’aspiration au vide de l’auteur prive ses personnages de toute consistance, les réduit à l’état de symboles ou de métaphores du néant de sens ; l’écriture enfin, toute visuelle et cinématographique, est fort inégale, allant de la pire platitude à des moments somptueux, en passant par des bribes de philosophie inaboutie. 

L’imaginaire, le rêve et la réalité s’entrecroisent sans délimitations dans ce roman qui nous fait voyager dans un univers onirique et mystérieux, où tout se présente comme métaphore, allégorie,  sens caché mais ces promesses n’aboutissent sur aucun sens, aucun aboutissement réel, désorientent notre lecture et, plus grave, désorientent toute morale.

« Tout est question d'imagination. La responsabilité commence avec le pouvoir de l’imagination Yeats disait : In dreams begin responsibilities. C 'est parfaitement exact. A l’ inverse la responsabilité ne peut naître en l’absence d’imagination. Comme nous pouvons le constater avec Eichmann »

Voilà des propos bien dangereux !

En finale, il ne me reste de cette lecture que bien peu de choses sinon la certitude de son originalité et la curiosité de connaître vos impressions...

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Haruki Murakami

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Né à Kobe le 12 janvier 1949, Haruki Murakami étudie la tragédie grecque à Tokyo. Puis il dirige un club de jazz, avant d'enseigner à Princeton durant quatre années.

Suite au séisme de Kobe et à l'attentat de Tokyo en 1995, il décide de revenir s'installer auJapon . Il y écrit notamment le recueil de nouvelles "Après le tremblement de terre"

Son oeuvre oscille entre la pensée bouddhiste qui voit des répercutions à nos actions sur une échelle plus large et la chronique sociale dans un cadre fantastique.

Posté par 6billine à 13:15 - Murakami Haruki - Commentaires [23] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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