Bibliophagie

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07 octobre 2009

Contours du jour qui vient

Contours_du_jour_qui_vient

La petite Musango fut depuis toujours l'objet de la détestation maternelle. Lorsqu'elle a 9 ans, à la mort de son père, sa mère s'adonne pleinement à sa haine, elle bat son enfant, la torture, et finit par la chasser de chez elle sous prétexte qu'une voyante l'aurait déclarée sorcière.

Livrée à elle-même dans un pays africain, qui pourrait bien être le Cameroun, un pays qui, au sortir d'une effroyable guerre civile, est en proie à la misère, à la corruption et à la prolifération des sectes cachant un trafic immonde, Musango ne devra sa survie qu'à quelques femmes qui, au coeur de la dérive, ont pu préserver leur âme et leur bonté.

Capturée par l'une de ces sectes, Musango assistera à une répugnante traite des femmes destinées au commerce sexuel européen. Après 3 ans d'une captivité affamée où seule l'idée de retrouver sa mère la maintient en vie, Musango parvient à s'enfuir et, après bien des déboires, la jeune adolescente se réconciliera avec son passé et avec le passé de sa mère, grâce à quoi s'ouvrira pour elle un avenir fait d'espoir.

Commentaire

Dans ce roman extrêmement dur, on ne peut manquer de ressentir une immense désespérance à écouter ce chant de la douleur infinie de l'enfance saccagée, de l'homme que toute valeur et tout enchantement ont abandonné, de ce pays dévasté où ne se prêche plus que l'inimitié et l'indifférence à l'autre.

Cette vaste mélopée ne manque pas de beauté littéraire et certains passages sont proprement magnifiques, pourtant ce livre ne m'a ni convaincue, ni enthousiasmée, tout d'abord parce qu'il ne m'a pas paru crédible qu'une petite fille de 12 ans soit capable de ces réflexions et analyses politiques, psychologiques et philosophiques que l'auteur lui attribue; ensuite parce que l'auteur s'adonne, dans le dernier quart du livre, à une leçon d'espoir riante,  insistante, irraisonnée et sans nuances pour ce pays et ces hommes pourtant encore plongés dans la misère matérielle et morale entretenue par les pouvoirs en place, et pour cette enfant qui sort inentamée, mature et lumineuse d'une enfance pourtant fracassée par la violence maternelle et les horreurs rencontrées et subies.

« Devant la grotte, je ramasse de petits cailloux blancs. Ils sont lisses. Les siècles les ont polis. Ils étaient peut-être déjà ici, au premier jour du monde. Je trouve un galet plat, gris et tranchant. Si j'écrivais des livres, je ferais cela avec des mots. Je tracerais des adieux poétiques à la colère qui a si longuement tari mes larmes. Je jetterais sur le papier un suaire syntaxique qui couvrirait une fois pour toutes la peine de n'avoir pas été aimée de ma mère. Mais je n'écris pas, même si j'ai des mots dans la tête. Je ne sais que le silence qui soupire ou qui hurle entre deux roulements de tam-tam. Je ne sais que l'épaisseur des formes qui ne doivent plus être des déguisements, des masques, mais la face révélée de nos drames intérieurs. Alors, je fabrique cette figure sur le sol pour lui confier tous mes jours privés de lumière »

Leonora Miano

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Ecrivain camerounaise née en 1973, Léonora Miano vit en France depuis 1991. Animée par l’écriture depuis sa jeunesse, elle publie son premier roman à trente ans. L’Intérieur de la nuit a été unanimement salué par la critique et les lecteurs. Plusieurs prix lui ont été attribués. Elle reçoit le Prix Goncourt des lycéens pour son roman Contours du jour qui vient en 2006.

Posté par 6billine à 15:47 - Miano Léonora - Commentaires [22] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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