12 juillet 2008
Une pièce montée
Bérangère et Vincent, jeunes, beaux, riches et mondains se marient somptueusement aujourd’hui.
Chaque chapitre du roman adopte le point de vue d’un des invités sur cette cérémonie. Au début de la messe, et de l’histoire, on voit la petite Pauline, choquée de ce qu’une enfant trisomique soit reléguée à l’arrière plan afin de ne pas faire tache sur les photos du mariage. Son malaise rejoint d’ailleurs celui du prêtre célébrant, perturbé par ce geste au point de ne pouvoir officier normalement. Après la messe, Madeleine, la grand-mère presque aveugle, répand sa hargne sur quiconque tente de lui venir en aide. Puis Hélène, la mère de Pauline, songe à l’éloignement qu’elle ressent envers son mari jadis tant aimé. Marie, la sœur de la mariée souffre d’être méprisée par les siens en vertu de son manque d’élégance et de son statut de célibataire de 28 ans... Et les mondanités vont ainsi leur cours, de plus en plus écoeurant, jusqu’aux chapitres finals où la mariée nous apparaît dans la splendeur de son égoïsme suffisant... et pourtant capable des plus délicates attentions envers sa grand-mère mourante.
Commentaire
Le titre du roman évoque évidemment le gâteau traditionnel du mariage, mais se réfère surtout à la structure même du récit où chaque personnage dessine une profiterole, un petit four, une sucrerie dont l’amertume et le snobisme monte graduellement, de palier en palier, de personnage en personnage, depuis la petite Pauline compatissante envers l’enfant trisomique jusqu’à la mondaine Bérengère qui n’en supporte pas la vue.
Une pièce montée est, en effet, une dénonciation de la bourgeoisie snob et percluse de préjugés : Ainsi, les handicapés, les homosexuels, les mésalliances sont des choses réprouvées à exclure absolument. Parallèlement, il convient de paraître et de rester uni quand bien même le couple se déteste et se lance les plus mondaines méchancetés avec le sourire, car bien sûr, seule compte l’apparence dans ce milieu qui se la joue continûment .
Mais l’auteur n’en reste pas à ce domaine superficiel. Plus subtilement, elle dévoile les souffrances, les regrets, les peurs que chacun porte secrètement au cœur de son personnage, et rend ainsi à chacun sa part d’amabilité et d’humanité
Un petit roman fort agréable et bien enlevé qui donne un rayon de soleil à nos vacances plutôt pluvieuses.
Blandine Le Callet
Blandine Le Callet est née en 1969.
Maître de conférences à l’université Paris-XII, elle poursuit des recherches en philosophie ancienne et littérature latine (elle a d’ailleurs publié un essai : Rome et ses monstres en 2005). Mariée et mère de trois enfants, elle habite aujourd’hui en région parisienne.
Une pièce montée est son premier roman.


