20 avril 2008
L'image dans le tapis
Un jeune critique littéraire, après la publication d’un article sur le dernier roman du grand Vereker, reçoit de ce dernier le commentaire suivant : « ... il y a dans mon oeuvre une idée sans laquelle je ne me serais pas soucié le moins du monde de ce métier ... la plus fine et la plus dense des intentions qu'elle contient ... mon petit stratagème... la chose que la critique devrait trouver...». Cela excite évidemment le jeune critique, grand admirateur de son œuvre
Le narrateur se consacre dès lors à la recherche de cette « chose », mais n’y parvenant pas, désespéré, il en parle à Corvick, son ami. Gagné à son tour par la fièvre de la recherche, Corvick pense avoir découvert le secret, il en parle à l’écrivain qui le lui confirme.
Hélàs, Corvick meurt dans un accident avant d'avoir révélé le secret à son ami. Il ne l’a confié qu’à sa femme qui se refuse jalousement à révéler le secret et meurt bientôt sans en avoir rien dit .
Le jeune critique soupçonne alors qu'il n'y a, en vérité, nul secret.
Et le roman-nouvelle se conclut sur la question : y a-t-il ou non un secret ?
Commentaire
A mon avis, cette longue nouvelle est l’un des meilleurs textes d’ Henry James qui s'est ici dépouillé de ce pédantisme un peu exaspérant et de cette préciosité désuète qui affectent nombre de ses romans. Comme toujours, l’on retrouve cependant intacts sa grande finesse psychologique, son talent d'explorateur de l'âme humaine, et ce brin de noirceur par lesquels il se fait reconnaître.
Cet écrit se centre sur les thèmes, chers à James, du secret et de l’inaccessibilité à en dévoiler la vérité parce qu’en effet, cette dernière dépend entièrement du point de vue adopté : alors que le romancier (Vereker) et son lecteur (Corvick) considèrent l’image sous un certain angle, le narrateur en adopte un autre, tout aussi véridique, et bien plus vivant puisqu’il sera le seul à ne point perdre la vie dans cette quête plus essentielle qu’elle ne le semblait au départ
L’ écriture de James est somptueuse, superbe, toute en finesse. Il serait un peu le Proust anglais si ses préoccupations ne l’en tenaient si éloigné
Henry James
Né à New York en 1843, il a pour frère William, le célèbre philosophe pragmatiste.
En 1860, la famille part en Nouvelle-Angleterre. Henry James commence le Droit à Harvard, mais abandonne rapidement pour ne s’adonner qu’ à l’écriture. En 1864, il publie anonymement sa première nouvelle. « The story of a Year»
Installé à Londres, il y passe cinq années fécondes : « The Portrait of a Lady » est considéré comme une conclusion magistrale de la première manière de James.
Bien que célébré, ses revenus restent modestes. Il s’essaye alors au théâtre, mais ses pièces n’auront aucun succès.
Revenu au roman, il y applique les nouvelles compétences acquises en écrivant ses pièces. C’est l’époque de « The Wings of the Dove », « The Ambassadors » et « The Golden Bowl »
En 1915, déçu par l'attitude des États-Unis face à la guerre sur le continent, il demande et obtient la nationalité britannique. Après deux attaques cardiaques, il meurt le 28 février 1916


