Bibliophagie

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10 mars 2008

La peau et les os

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En juin 1940, des centaines de milliers de vaincus s'acheminent vers les stalags sous les coups et les cris du vainqueur. Georges Hyvernaud, instituteur charentais, marche dans ce troupeau en guenilles, hébété de faim, de fatigue et de honte. Au bout du voyage, cinq ans de nuit et de boue. Dix-huit cents jours d'humiliation, de promiscuité répugnante, de pestilence et d'abjection. Le prisonnier de guerre est un homme nu, privé d'identité, d'espoir et de rêves. Ce livre terrible, chef-d'oeuvre longtemps oublié, est aussi un acte d'exorcisme et de libération d’un homme définitivement meurtri, brisé et amer ..

« Et maintenant, me voilà réinstallé dans le bonheur. Le bonheur n’est plus cette informe rêverie désespérée. Il a pris son contour précis, ses dimensions exactes. Le voilà présent, pesant, évident, un bonheur épanoui et gras. Qu’est-ce qu’il me faut de plus ?… Un bonheur qui sent la vaseline et le vieux chien. Vais-je pas me plaindre ? »

Commentaire

Hyvernaud porte sa douleur et son impossibilité à revenir aux joies simples de la vie avec énormément d’amertume. Son écriture réaliste est traversée de traits cinglants et de propos acerbes. On sent chez l’auteur une amertume, qui parfois frise la haine, envers tous ceux qui peuvent vivre heureux , se nourrissant de petits bonheurs paisibles et aimables

Si le cœur de l’homme est bien loin de celui d’un Primo Levi par exemple, il a le mérite de nous faire palper la difficulté à partager une expérience extrême avec son entourage et à reprendre goût à sa vie d’avant pourtant tellement espérée durant les années de souffrance   

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Georges Hyvernaud

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Né en 1902 en Charente, d'une mère couturière et d'un père ajusteur, Georges Hyvernaud fait partie de ces écrivains méconnus du XXe siècle.
Élève remarqué, il intègre l'École normale d'instituteurs d'Angoulême en 1918, puis celle de Lyon. Il y prépare le concours de l'Ecole normale supérieure de Saint-Cloud, qu'il intègre en 1922. Il enseignera dans les Ecoles normales d'Arras, de Rouen et de Paris. Au cours des années 1930, il participe à diverses revues pour lesquelles il rédige des articles et des chroniques.

Mais, en 1940, il est fait prisonnier dans le Nord de la France: il est détenu dans les oflags de Poméranie. Après la guerre, il publie un texte : « Lettre à une petite fille », et deux livres « La Peauet les Os » (1949), puis » Le Wagon à vaches » (1953) imposés à lui par la captivité et le retour. Professeur à l'E.N. d'instituteurs de la Seine, il s'adonne ensuite à une œuvre pédagogique.

Il meurt à Paris en 1983.

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