03 août 2008
La ville de Pierre
Jiang Corail Rouge a vingt-huit ans et vit à Pékin avec Zhuzi, au rez-de-chaussée d'un immeuble de vingt-cinq étages. Un jour, un colis reçu par la poste, une énorme anguille séchée, la ramène à son enfance, quand elle s'appelait Petit Chien et habitait Shitouzhen, la Ville de Pierre, avec ses grands-parents qui ne se parlaient pas et s’évitaient. Dans ce petit port de pêche battu par les typhons au sud de la Chine, la mer dévorait les pêcheurs, ces «mendiants de la mer» et les femmes guettaient longtemps le retour de leurs maris,. Mais si Corail Rouge ans n'a jamais oublié la Ville de Pierre, c'est surtout parce qu’elle y a vécu l’enfer et que « rien ne peut se comparer à l'amour et la haine que j'ai éprouvés là-bas ».
Par petites touches, elle se remémore sa vie d’orpheline marquée par la honte : sa mère morte en couche et son père disparu, sa vie de misères entre des grands parents qui se fuyaient, son calvaire d'adolescente traquée, puis séquestrée par un muet monstrueux, son avortement et la réprobation des villageois, son départ à l’âge de 15 ans...
Pourra-t-elle guérir de ces souffrances alors qu’entre Zhuzi et elle s’est établit une règle de ne jamais évoquer leurs vies passés ?
Commentaire
Entourée d’êtres silencieux, et enfouissant dans le secret de son cœur sa solitude et sa honte d’enfant méprisée et violentée, Corail Rouge impose un démenti criant à notre culture où l’expression de soi est encouragée comme l’unique voie de la guérison.
En effet, toute petite encore, celle qu’on nommait Petit Chien se restaure dans la contemplation des mouvements de la mer, elle se refuse au désespoir et décide que la vie l’emportera sur le sombre abîme que fut son enfance dévastée .
C’est par l’inhumation de ses secrets et la fuite loin du lieu de ses malheurs que cette toute jeune fille de 15 ans initie la création de sa vie - tout à rebours donc de notre conception occidentale où ces attitudes se verraient taxées comme évitements et refoulements néfastes - mais pour Xiaolu Guo (et pour tout un pan de la culture orientale ?) l’enfouissement, loin d’être assimilé au refoulement, se voit tout au contraire délégué à la fonction d’un dépôt, d’une sorte de terreau où se nourrit la solidité de l’être.
Ecrit dans une langue faite de silences, mais qui donne d’autant plus d’écho aux sanglots ravalés et à l’indicible de la douleur, ce roman accoste finalement, telle la barque d’un marin longtemps parti, sur les rivages d’un chant d’espoir
Encore une fois, c'est à Dourvac'h que je dois d'avoir pu lire ce beau roman, ainsi qu'à Sourifleur, qui me l'a si gentiment offert. Merci à tous deux..
Xiaolu Guo
Romancière, poète et réalisatrice, Guo Xiaolu, est née en 1973 dans un petit port de pêche du sud de la Chine
Elle a écrit à ce jour deux romans, « La ville de Pierre » et « Le Petit dictionnaire chinois-anglais pour amants». Guo Xiaolu explore les distances entre le monde intérieur et la réalité, et offre, à travers l’art, chaleur et force à une humanité qui, selon elle, réclame amour et contact émotionnel.


