Bibliophagie

Blog qui parle des auteurs, des livres et de tout ce qui tourne autour de la littérature...

09 décembre 2009

"Où on va, papa?" s'en prend à "Où on va, maman?"

Nombreux sont ceux qui parmi vous, ont lu le fameux « Où on va, papa ?» que j'avais critiqué ici. Et qui, ensuite ont visité avec émotion le site « Où on va, maman? » dans lequel Agnès Brunet, la mère, réhabilitait ses deux garçons tant malmenés.

De plus en plus de personnes venaient y apporter leurs témoignages, y remercier Agnès, marquer leur opinion vis-à-vis d'un livre qui les concernait en tant que parents ou personnes s'occupant d'enfants handicapés.

« Jusqu'à ce que, le 23 novembre, Agnès Brunet reçoive un courrier de mise en demeure émanant du conseil des éditions Stock et de Jean-Louis Fournier... Lui demandant de fermer le site dont le titre constituerait une « contrefaçon » et dont certains passages seraient... attentatoires à « la vie privée de M. Fournier » !

La Voix du Nord du 4 décembre 2009.

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Il y a vraiment là de quoi pleurer! Ou de quoi se révolter!

Alors même que Monsieur Fournier se permet d'exhiber, pour des fins carriéristes (on en a la preuve avec cette mise en demeure), le trajet douloureux de ses fils pour s'en gausser, on retire à Agnès Brunet, la mère des enfants, le droit de parole et de vérité!

Pour ceux qui ont parcouru le très beau site incriminé, il était évident que la mère de Thomas et Matthieu y faisait preuve d'une discrétion et d'une modération remarquables envers l'auteur d'un livre qui ne pouvait pourtant que blesser son coeur de mère.

Heureusement, Agnès Brunet ne s'est pas laissé abattre par l'injustice qui lui fut faite, à elle et à son site très fréquenté. Elle en a changé le titre qui devient « La maman de Matthieu et Thomas », et en a repris l'essentiel, amputé néanmoins de ce qui faisait trop d'ombre à une susceptibilité soudain bien peu humoristique.

Il nous reste le témoignage sobre et émouvant d'une mère que l'on sent très proche de ses petits, et plus tard de son grand.

Et des photos que je vous invite à bien observer, car les regards en disent parfois bien plus que les mots et les livres...

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Le site d'Agnès Brunet :  http://mamanmathieuetthomas.monsite.orange.fr/

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A_Mother_s_Love_Willow_Tree_Figurine

Posté par 6billine à 21:46 - Fournier Jean-Louis - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

27 avril 2009

Où on va, papa?

46880366ou_on_va_papa_jpgVingt ans après les événements, l'auteur trempe sa plume dans son amertume pour nous raconter son vécu de père de trois enfants dont les deux premiers, deux garçons Mathieu et Thomas, sont gravement handicapés, physiquement et mentalement, et dont la troisième, Marie, est tout à fait normale. Mathieu décède à l'âge de15 ans, suite à une importante opération à la colonne vertébrale. Peu après, la femme de Fournier le quitte parce qu'elle n'en peut plus de cet homme qui, comme il le dit, l'a poussée à bout (avec ses sarcasmes, en l'accablant de sa propre souffrance, de sa blessure de père) . Thomas, lui, vit toujours, mais il a perdu les dernières lueurs de joie qu'il éprouvait encore dans son enfance..

Commentaire

Je n'ai pas aimé cet ouvrage.

Je sais que mon avis ne fera pas l'unanimité, ce serait même plutôt le contraire, mais je me devais de m'insurger contre une mode qui du cynisme fait une vertu.

Le ton de ce livre est grinçant, moqueur, volontiers caustique, et il a été dit et répété que le regard sarcastique de l'auteur lui servait de rempart contre la souffrance, ce à quoi je souscris entièrement. Mais de quelle souffrance s'agit-il exactement? Point n'est besoin d'être grand psychanalyste pour percevoir que cette souffrance n'est rien d'autre que la terrible blessure narcissique d'un père dont les fils ne seront pas les prolongements glorieux.

Je ne nierai pas qu'il y a, dans ces pages, quelques moments de réelle compassion, de tristesse empathique pour ces deux êtres aux corps ravagés de souffrances et aux coeurs en peine, mais la note dominante reste celle de la déception:

« J'aurais bien aimé avoir des enfants dont je sois fier. Pouvoir montrer à mes amis vos diplômes, vos prix et toutes les coupes que vous auriez gagnées sur les stades. On les aurait exposées dans une vitrine dans le salon avec des photos où on nous aurait vus ensemble. J'aurais, sur la photo, la mine béate et satisfaite du pêcheur qui s'est fait photographier avec le poisson énorme qu'il vient d'attraper. »

Parce que justement, le père ne peut s'enorgueillir de ses enfants, tel un mâle exhibant son organe, il éprouve une sourde rancune à leur égard, mais comment écouler une telle rancune envers deux êtres innocents sinon par le biais de l'ironie et de la causticité ? Et croyez bien que quand je parle des fils organe du père, je mesure mes propos à l'aune même des paroles de Fournier : « Comme Cyrano de Bergerac qui choisissait de se moquer lui-même de son nez, je me moque moi-même de mes enfants. C 'est mon privilège de père. »

Non, ses fils ne deviendront pas polytechniciens, n'accompliront aucun de ces rêves grandioses que le père nourrit à l'égard de sa progéniture, mais cette blessure narcissique reste irréconciliable, suscitant chez l'auteur l'amertume, la rancoeur, la haine parfois, déguisée sous le masque du rire grinçant : « J'ai pensé que, quand ils seraient grands, j 'allais leur offrir à chacun un grand rasoir coupe-chou. On les enfermerait dans la salle de bains et on les laisserait se débrouiller avec leur rasoir. Quand on n'entendrait plus rien, on irait avec une serpillière nettoyer la salle de bains. J'ai raconté ça à ma femme pour la faire rire. » Je pense qu'il est humain et normal d'avoir des vélléités de meurtre envers des enfants bruyants et pénibles, mais de là à se complaire dans un scénario sadique, il y a une marge énorme, celle qui sépare l'amour exaspéré d'un relent de haine réelle.

La blessure narcissique se répète jusqu'à l'écoeurement et s'avère jusqu'en ce symptôme surprenant : jamais Fournier n'évoque sa fille, qui doit pourtant être là quelque part, mieux même il la nie puisque, quand il dit « mes enfants » , le propos ne concerne jamais que ses deux fils.

Ce témoignage aura été écrit 20 après, alors que Mathieu est décédé et que Thomas prend de l'âge, mais la blessure narcissique du père est toujours aussi cuisante, aussi amère.

Dans « Chinoises », le Vieux Chen dit à l'auteur « Xinran, vous devriez écrire tout cela. Ecrire permet de se décharger de ce qu'on porte et cela peur aider à créer un espace pour accueillir de nouvelles façons de penser et de sentir ». Mais Fournier qui se vengeait de sa déception par le cynisme et le goût de choquer ceux qui prenaient soin de ses fils n'aura modifié ni sa façon de penser, ni celle de sentir.

De cela, monsieur Fournier, je vous plains...

Posté par 6billine à 14:36 - Fournier Jean-Louis - Commentaires [35] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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