24 juillet 2008
Les petites mécaniques
Je laisse la parole à Philippe Claudel qui présente ici son livre bien mieux que je ne saurais le faire :
« les nouvelles - parfois ici teintées de fantastique - autorisent une variété de juxtaposition, de tons, d'époques, d'humeurs, de couleurs que ne permet pas vraiment le roman. Grâce à elles, on peut passer d'un univers à un autre, aller, comme c'est le cas ici, de l'ambiance d'une foire moyenâgeuse à celle d'un palais baroque italien dans lequel, enfermée, une comtesse tente de faire peindre un rêve qu'elle a fait, passer de la vie étriquée d'un gardien de musée indifférent aux œuvres qu'il surveille à celle d'une jeune femme que l'on séquestre afin qu'elle devienne la Reproductrice de toute l'espèce humaine. Suivre un boutiquier du Second Empire délaisser sa famille pour retrouver la trace d'un poète. Surveiller la rédemption d'un criminel, qui finira assassiné par celui qu'il avait été. »
Commentaire
Dans ces petites mécaniques que sont leurs vies réglée et bien souvent monotones, voici que soudain un rouage se dérègle, s’affole et c’est alors un monde merveilleux ou effrayant qui s’ouvre devant les personnages de ces nouvelles, engagés malgré eux dans une transformation radicale, pour le meilleur ou pour le pire, et subitement plongés dans une nouvelle vie ou une nouvelle façon de vivre inimaginable jusqu’alors.
Parmi ces perturbateurs essentiels se dénombrent tout d’abord la Mort; viennent ensuite la passion, l’éclat de la poésie, le rêve, la solitude absolue...
Superbement écrites, ces nouvelles étonnantes sont une incursion inédite de l’écrivain dans un univers où s’entremêlent la fantaisie et la folie. Philippe Claudel maîtrise ce genre nouveau avec un grand art, mais j’ai cependant regretté de ne pas retrouver cette particularité tellement émouvante de ses autres écrits où l’auteur fait résonner en nos âmes le doux sanglot de l’homme qui souffre du mal en l’homme .
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Merci Fantasio, pour cette lecture que ton beau blog m'a permis d'apprécier
22 juillet 2008
J’abandonne
Le narrateur, profondément endeuillée par le décès de sa femme, ne survit plus que raccroché au fil ténu de son amour pour leur petite fille de 21 mois.
Il exerce un métier très particulier puisque chargé d'annoncer le décès d'un proche aux familles et d’obtenir d’eux l'autorisation de prélever les organes du défunt. Or aujourd’hui, pour la première fois, cet homme vibre et souffre avec la jeune femme à qui il vient d’apprendre le décès de son enfant. Soudain il réalise combien son métier est inhumain, combien notre société toute entière l’est devenue...
L’étalage de la vulgarité, la violence normalisée, le total manque de respect et de dignité dans cette société de consommation atteignent cet homme jusqu’au dégoût, au découragement, à la honte de participer à ce monde où il ne se reconnaît plus, un monde dont il se sent coupable face à l’innocence de sa petite fille.
Ecoeuré, il se remémore cependant les gestes et les mots si purs de sa petite fille, eux seuls et soudain aussi, le visage de cette mère, ce visage de douleur offert à nu, ce visage de vérité rendront sens à la vie du narrateur, le rendront à la tâche de rester humain dans un monde déshumanisé
Commentaire
J’ai adoré ce petit roman bouleversant.
Le regard que cet homme porte sur le monde médiatique et sur l’attitude générale d’ indifférence aux autres le déprime profondément parce qu’il n’y trouve rien de ce à quoi il aspire. Il nous est d’ailleurs difficile de ne pas adhérer à sa perception si juste et si critique d’un monde déshumanisé et désenchanté .
Il lui faudra, outre l innocence et le don absolu d’un enfant, la sincérité et la douceur d’une femme endeuillée dans sa chair pour le réconcilier avec une vie qui peut donc, à travers ces deux visages, être sauvée...
Et je n’ai pu m’empêcher de penser à Abraham qui pour éviter la ruine de Sodome demande à Yahvé un délai en des mots proches de ceux-ci « si je trouve un seul homme juste, épargneras-tu la ville ? » (sauf qu’ici il s’agit de la propre vie du narrateur tenté par le suicide).
Avec son écriture tout en sensibilité, avec ses mots qui touchent à l’essentiel et vibrent de colère ou de tendresse, Claudel, une fois de plus, nous offre un petit bijou d’émotion et une belle leçon d’humanité
06 avril 2008
Le monde sans les enfants et autres histoires
Ces petits contes poétiques et philosophiques sont de vrais petits bijoux de tendresse. Au fil des pages, on croise une fée maladroite, une balayeuse de soucis, un chasseur de cauchemars, une fillette qui invente des vaccins pour rendre les gens heureux et bons, un petit garçon qui disparaît dans un livre pour échapper à une famille sans amour ...
L'auteur, dans ces courtes histoires, aborde des thèmes graves tels que la maladie, la mort, la maltraitance, la différence, la guerre, mais aussi ces petits chagrins, ces duretés que chaque enfant doit traverser pour devenir grand
Commentaire
Un livre merveilleux de tendresse, de poésie et d'émotion qui m'a enchantée de la première à la dernière ligne.
Et comme toujours l'écriture de Claudel est surprenante de beauté, pleine de pudeur et de coeur, sobre et poignante
A lire une première fois, enfant, pour l'émerveillement et les messages transmis et une seconde fois, adulte, pour savourer pleinement chaque grain de ces histoires...
Philippe Claudel
Ce fils de prolétaire né en 1962, qui aime la poésie et la peinture, écrit au bistrot du coin, auprès des hommes qui portent la mémoire de la région. C'est pour cette mémoire qu'il est devenu écrivain.
Philippe Claudel est agrégé de français. Aux début de sa carrière, il se tourne naturellement vers les personnes en difficulté : il enseigne dans un centre de détention, puis dans un centre pour handicapés moteurs. Il sera aussi professeur à l'Université de Nancy.
Son premier roman, « Meuse l'oubli », en 2000, rencontre un certain succès. Dès lors, il n'arrête plus d’écrire. En 2003, « Les âmes grises» n'obtient pas le prix Goncourt auquel il était candidat, mais il reçoit le prix Renaudot et est adapté au cinéma par son auteur.
Toujours il se penche sur les blessures de l'âme, regardant les faiblesses humaines avec compassion et empathie.




