30 avril 2008
Le djinn dans l'oeil de rossignol
Il était une fois une jeune princesse chargée de trouver l'oiseau d'argent, seul capable de ramener le bleu d'un ciel devenu vert.
Il était une fois deux frères et une soeur qui s'ennuyaient et rêvaient d'ailleurs avant d'être attaqués par des vers géants.
Et puis il était une fois un troisième conte qui occupait la majeure partie du livre et qui était de loin le plus marquant et le plus riche des trois : Dans celui-ci, Gillian Perholt, une narratologue renommée pour sa capacité à interpréter les contes, est invitée à un colloque en Turquie. Au bazar d'Ankara, elle découvre et achète un flacon en œil-de-rossignol, un verre très rare et précieux. L’ouvrant, elle libère le djinn qui, selon la légende, lui offre d’exaucer trois de ses vœux
Hantée par la crainte de vieillir, Gillian émet d’abord le vœu que son corps reprenne l’apparence qui était la sienne lorsqu’elle s’estimait encore belle ; son second vœu sera que ce djinn, qui se révèle plein de délicatesses et merveilleux conteur, l’aime, elle, qui ne le fut jamais réellement. Quant au troisième et dernier vœu, elle l’offrira généreusement au djinn afin qu’il puisse sortir de l’envoûtement qui le retenait captif
Commentaire
Double de Shéhérazade, Byatt déploie ici toute la richesse de son écriture fluide et lumineuse pour nous amener dans le dédale de ses contes prodigieux..
Le troisième et dernier conte est un véritable bijou et pourrait être pris comme une allégorie du rapport auteur/ lecteur : ouvrant la fiole-livre, Gillian permet à l’esprit du Djinn- auteur de s’en échapper et désormais, ce dernier va, littéralement, réenchanter la vie de la narratologue qui souffrait de se voir vieillir dans une solitude aride.
Il lui fait découvrir des beautés nouvelles, l’émerveille de ses contes, lui redonne goût à la vie et lui permet, par son amour, d’envisager finalement son vieillissement et sa mort avec sérénité . Réconciliée avec elle-même et avec sa vie, Gillian rendra finalement au Djinn-auteur sa pleine liberté afin qu’il s’en reparte vers son pays...
Don réciproque, le rapport de l’auteur et du lecteur apprend à ce dernier qu’il est toujours possible de relire sa vie à la lumière de l’amour et du merveilleux... N’est-ce, pas là le plus beau rôle qui puisse s’assigner un Djinn ?
A.S. Byatt
Antonia Susan Byatt est née le 24 août 1936 .
Après avoir enseigné dans diverses universités de Londres, elle se consacre uniquement à l’écriture, et publie notamment "Possession", qui a remporté le Booker Prize en 1990. Deux de ses livres ont été adaptés au cinéma : "Possession" et "Des Anges et des Insectes".
Renommée également pour ses nouvelles, A.S. Byatt conjugue le naturalisme et l’imaginaire. Elle choisit de présenter l’imaginaire non comme une évasion, mais comme une alternative à la vie quotidienne, créant une sorte de genre hybride.
Outre ses ouvrages de fiction, elle a également publié divers travaux critiques, notamment des études sur l’œuvre de Iris Murdoch
Sa sœur cadette, Margaret Drabble, est également une romancière connue.


