28 avril 2008
Mon père
Depuis que mon père est décédé, sa fille Helena n’a plus de vie, elle reste prostrée dans la peur du monde et l’éloignement des hommes. Car mon père s’était emparé d’elle comme d’un objet dont il s’arrogeait l’entière possession, lui interdisant jalousement toute fréquentation, tout rire, tout mouvement qui ne serait pas centré sur lui et rien que lui. Helena a toujours accepté cette sorte d’inceste psychologique, mieux, elle a édifié toute sa personnalité autour de la vénération absolue pour ce père et de la fierté de se sentir « la fille de mon père, le fils de mon père, la mère de mon père et le père de mon père».
Mais un jour, arrive une lettre d'un demi-frère dont elle ignorait l'existence, et qui, de son côté, ignorait jusqu’alors l’existence de son père.
Bouleversée, terrifiée, Helena sait qu’en acceptant d’inviter Paul, ce demi-frère, c’est tout l’édifice de son Moi qu’elle devra remettre en cause
Ensemble ils se mettent, non sans appréhension, en quête de la vérité qui ne pourra, sentent-ils qu’être ravageuse, ou salvatrice. Ensemble, ils découvrent, recelée dans un coffret, une lettre du père où il révèle qu’Helena, la mère de Paul, fut son seul amour, et qu’Helena, sa fille, fut toujours pour lui une charge et une entrave dont il n’aimait que le nom...
Commentaire
Eliette Abécassis décrit, avec cette sobriété de ton qui est la sienne, toute l’horreur et toute la cruauté d’un amour fusionnel dont la proximité avec la haine est manifeste. A petites touches impressionnistes, elle nous pénètre, nous imbibe de l’atmosphère de plus en plus malsaine et culpabilisante qui entoure la jeune Helena. Par la répétition incessante, presqu’obsessionnelle, de l’appellation « mon père », elle nous en fait éprouver la dictature et l’omniprésence. Mais surtout, l’auteur nous donne, de manière forte et discrète à la fois, à éprouver que l’omniprésence d’un père est une épreuve infiniment plus ruineuse et destructrice que son absence
Eliette Abécassis
Née en 1969 à Strasbourg dans une famille juive séfarade originaire du Maroc, Éliette Abécassis évolue dans un environnement religieux. Elle obtient une agrégation de philosophie en 1993, puis écrit Qumran, son premier roman. Qui la révèle au public en 1996. Quatre ans plus tard, avec le même succès, elle publie le Trésor du temple, seconde partie d’une trilogie encore inachevée. Éliette Abécassis est aussi une scénariste primée (Kadosh et La Répudiée).
En 2002, les jurys des prix Goncourt, Médicis et Fémina avaient tous inclus "Mon père" dans leur première sélection


