Bibliophagie

Blog qui parle des auteurs, des livres et de tout ce qui tourne autour de la littérature...

09 mars 2008

La femme des sables

femme_11

Un professeur parti à la découverte de quelque insecte des sables échoue dans un petit village du fond des dunes, village dont il ne pourra plus sortir, où personne ne songe à l'aider, où personne ne répond à ses questions
Le voilà prisonnier du sable : le sable qui envahit tout, qui s'infiltre dans la moindre fissure et qu'il faut sans répit rejeter. Particulièrement dans le trou où est tapie la maisonnette qu'il habite en compagnie d'une femme fruste, vraie maîtresse-servante.

Jour après jour, mois après mois, l'homme et la femme rejettent le sable. Cet esclavage est la condition même de leur survie. Lassé de cette routine, l'homme tentera de s'échapper et  de retrouver sa liberté...


                                                                                                                     

Commentaire

Roman insolite d'une portée toute symbolique, on se retrouve avec l’homme des sables, dans un monde dur et angoissant, une prison à ciel ouvert. Abé excelle à rejoindre la dimension des mythes tragiques et éternels, mais à travers l'exactitude et la précision des détails d'une fiction réaliste.

Et l’on pense à Sisyphe notamment, avec son labeur inutile et désespérant, ses illusions et ses espoirs courageux..
Un livre étonnant et fort, qui ne se laisse pas oublier, tant sa richesse symbolique est grande

Posté par 6billine à 18:08 - Abé Kôbô - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

La face d'un autre

83538910

Le narrateur de cette histoire a eu le visage horriblement brûlé à la suite d'un accident. De telle sorte qu'il est condamné à vivre la figure enveloppée de bandages. Depuis, sa femme a élevé entre eux un mur de silence qu'il veut à tout prix faire tomber.

Il imagine alors de se fabriquer un masque en matière plastique, réaliste au point de faire de lui un autre homme derrière un nouveau visage. Et il en vient peu à peu à se dire qu'il pourrait ainsi séduire sa propre femme, comme le ferait un étranger.
Quand il pense réussir dans son entreprise, la jalousie le ronge tout autant que la brûlure de son accident. Mais a-t-il réussi? Le doute s'installe, car sa femme ne l'a-t-elle pas reconnu ? N'a-t-elle pas pénétré ses desseins pervers ? N'a-t-elle pas joué le jeu en espérant un geste d’authentique amour? Et le piégeur se voit finalement berné par ses propres mensonges

Commentaire

Ce roman cruel pose le problème de l'identité de manière fort originale. Le masque dissimule-t-il la personnalité de celui qui le porte ? la modifie-t-il ? Ou, dévoile-t-il la vraie personnalité? Il semble bien que la dernière supposition soit ici la bonne
Version moderne, à sa façon, du Dr Jekyll et Mr Hyde, La face d'un autre est un roman violent, dur et froid mais qui ne manque pas de puissance, tant par son sujet que par son écriture
Un roman très impressionnant, parfois presqu’ insupportable car le cœur de cet homme est davantage rongé et abîmé par l’accident que ne l’est son visage.

On compatit à sa souffrance, on frémit devant ses manigances et son manque d’amour...

Posté par 6billine à 17:54 - Abé Kôbô - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Kôbô Abé

abekob10

Abe Kimifusa est né en 1924 à Tōkyō. Il passa son enfance en Mandchourie, où son père travaillait en tant que médecin.
Il revint à Tôkyô pour effectuer son service militaire, expérience qui le rendit profondément antimilitariste. Il fit ensuite des études de médecine tout en écrivant des nouvelles.
Par la suite, il abandonna ses études pour se consacrer totalement à la littérature, sa femme Machi, une dessinatrice connue, illustrant ses oeuvres.

Son premier roman, « Kabé » (Les Murs) a obtenu en 1951 le prix Akutagawa, le plus grand prix littéraire japonais.
« La Femme des sables » (1962) a obtenu en France le prix du Meilleur livre étranger et a fait l'objet d'un film réalisé par Hiroshi Teshigahara.
Inscrit au parti communiste depuis 1945, Abe Kôbô en fut exclu après la publication de cet ouvrage, dont le thème, la perte d'indentité, n'était guère en accord avec l'idéologie communiste.
Il décéda à Tōkyō en 1993.

Posté par 6billine à 17:46 - Abé Kôbô - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1