ffffff

le Caire dans les années 50.

L'enfant jamais autrement nommé est le narrateur  de ce récit. Il éprouve, tout jeune encore, une inquiétude innommable qui lui procure des crises d’asthme  ainsi qu’une sourde peur qui le pousse à se cacher sous son lit ou sous une nappe. La mère, courageuse et aimante, endure les colères, le machisme et l’animosité du père en invoquant le fait que la vie doit continuer, mais non sans lui lancer au passage des répliques bien ajustées.

Pour narguer la mère et pour compenser sa pauvre virilité, le père pousse le frère aîné à devenir un « vrai homme » en le suivant de façon malsaine dans un culturisme outrancier et en salissant sa sexualité naissante, tandis qu’il accable de son mépris l’enfant chétif qui se ressentira longtemps de ce sentiment d’infériorité

Le drame éclatera avec l’arrivée de la petite bonne, lorsque l’enfant assiste, caché sous son lit au viol successif du père et du frère ainé sur la jeune fille, drame qui marquera l’enfant du sceau de la haine et de la honte d’un secret trop lourd pour ses 7 ans. Cet acte est tellement insupportable que la mère ne pourra que le dénier et qu’il rendra l’enfant définitivement menteur et lâche. Mensonges, lâcheté et haine de l’enfant qui précipiteront les drames et dévasteront profondément cette famille déjà si mal assortie,  non sans que ne l’assaille néanmoins une culpabilité manifestée par des cauchemars de femme en noir venant le torturer chaque nuit.
Ce n’est que bien plus tard, devenu adulte, que sur son lit
de mort, sa mère lui révèlera le secret de sa vie de femme sacrifiée…..

Commentaire

Ce livre sombre et fort éprouvant est néanmoins superbe, tant par son écriture richement élaborée que par la subtilité des sentiments qui travaillent les personnages dans leur beauté ou dans leur noirceur.

L’on ne peut s’empêcher de compatir à cet enfant réduit au silence par le double poids de ce qu’il voit et de ce qui pèse dans le non dit familial, cet enfant  qui n’a d’autre recours face à la monstruosité du père que la fuite et les défenses mêmes qui sont celles de sa famille : en effet, sans le savoir, mais parce qu’au fond de son être la vérité se dit malgré lui, l’enfant prendra sur lui le mensonge, la lâcheté et la haine qui sont celles d’un père violent par bassesse et  sournois par lâcheté.

Tout l’amour d’une mère qui, par dignité et loyauté profonde, se refuse à révéler la vérité sur le père, n’y pourra, hélàs, rien…

Le narrateur revient régulièrement, au cours d’intermèdes, à son présent d’adulte pour s’adresser à son ami auquel il narre son passé mis à une grande distance par l’appellation impersonnelle des personnages : l’enfant, le père, la mère, le frère ainé… distance appelée à marquer son désir de s’en libérer , mais narration pourtant parce que la culpabilité n’aura cessé, dès lors, de le poursuivre..

Alexandre Lazaridès

....

mo_LAZA1010

Originaire du Caire, en Égypte, Alexandre Lazaridès vit à Montréal depuis 1965. Il a fait carrière dans l’enseignement collégial, a publié un essai, Valéry. Pour une poétique du dialogue (Presses de l’Université de Montréal, 1978), et s’est intéressé à la critique dramatique et musicale. Adieu, vert paradis est son premier roman