9782864246466

Irène et Rosalio sont tous deux  orphelins précoces et vivent dans des villages qui battent la misère. Mais alors que le jeune Rosalio, dont les parents n’eurent pas même le temps de donner nom, bénéficie encore de quelques protections avant de s’élancer à travers le monde, mû par l’espoir d’un jour pouvoir déchiffrer ces livres qui furent tout son héritage, Irène n’eut, quant à elle, pour seul lieu de survie que la rue et sa misère offerte pour quelques sous.

Il voyagea loin en quête d’un travail et d’un maître capable de lui enseigner l’art de lire ; elle demeura en son village natal, vivant de prostitution, se mourant du sida, usant  ses dernières forces à nourrir son enfant  et la vieille qui le garde.

Quand il parvient là où elle habite, il s’émerveille qu’elle sache les lettres et les lui apprenne une à une, il s’émeut qu’elle veuille lui faire la lecture de ces livres qu’il transporte depuis si longtemps ; elle reprend vie et couleurs à l’écoute des récits de cet homme qui les lui donne comme une offrande d’amour.

Histoires narrées et histoires lues entrelacent ainsi les Mille et une nuits de ces deux êtres, de ce couple que la parole et les mots transforment en un sultan de bonté et une princesse du don.

Ce très beau roman nous donne à entendre un chant d’âmes émues et fragiles qui ont traversé la vie et ses douleurs sans jamais renoncer à ce qui fit d’eux, jadis, des enfants enchantés de rêves et ouverts à l’amour

Ah! Rosalio, si j'avais su, il y a beaucoup d 'années, qu'un homme comme toi existait, capable de créer avec des mots un monde plus grand que le mien, un monde plein d'histoires qui font rire et pleurer, un homme capable de m'arracher à la peur sombre de mourir sans même avoir commencé à vivre une vie qui vaille, un homme qui avec le jaune, le bleu, le vert et le rose chasse le gris de cette âme que je porte comme une barre de plomb, si j'avais su, j'aurais couru le monde, sans craindre la faim ni le froid, je l'aurais trouvé et, s'il m'avait voulu, qui sait ,il y aurait peut-être encore de l’espoir dans ma vie, du sang rouge dans mes veines, une chevelure abondante et belle, des bras bons pour travailler, un ventre pour accoucher. Qui sait?  Elle baisse la tête, s'assombrit, examine ses propres mains et essaye de lire, dans ses paumes pâles, les traits du destin. »

Maria Valéria Rezende

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Maria Valéria Rezende est née au Brésil, elle est entrée en 1965 dans la Congrégation des sœurs augustines et s'est dès lors consacrée à l'Éducation populaire, d'abord dans la périphérie de Sao Paulo et, à partir de 1972, dans le Nordeste. Elle n'a jamais cessé de lutter contre les injustices et la pauvreté.

"Le vol de l'ibis rouge" est son premier roman.