gertraet

Cette étrange histoire narre la vie de quarante femmes enfermées dans une cage tout au fond d’une cave. Parmi elles réside une jeune fille, arrivée là tout bébé encore et qui n’a donc jamais connu d’autre monde. Elles n’ont droit à aucune intimité et interdiction leur est faite de rire, de pleurer, de se toucher, de se suicider, sans quoi le fouet de leurs gardiens se met en mouvement.

Aucune d’entre elles ne se souvient des circonstances qui ont originé cet enfermement.

Mais un jour, au moment où les gardiens leur apportent à manger, une sirène retentit et les hommes s’enfuient au plus vite, abandonnant la clé sur la cage.

Libérées, les femmes espèrent bien vite retrouver la civilisation et, peut-être, leurs familles. Mais dans ce paysage déserté, vide de tout, elles ne tombent que sur d’autres cages similaires à la leur, où 40 femmes ou 40 hommes sont morts dans l’horreur d'avoir lutté pour s’échapper de leurs tombes fermées à clé.

Découragées de parcourir ce monde insensé et cruel, vieillissantes, les femmes meurent une à une. Quand la jeune femme demeure seule, elle poursuit ses pérégrinations et réalise, au fil de ses découvertes, que sa triste vie ne fut qu’une question sans réponse, et dont l’ultime recours sera l’écriture de leur histoire...

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Commentaire

Point n’est besoin de vanter la belle écriture d’Harpman d’une facture classique qui se lit aisément et ne se départit jamais d’une sorte de passion contenue, grâce à quoi nous sommes tenus en haleine tout au long de ce livre puissant.

La narratrice de cette histoire terrifiante : la jeune fille qui n’a jamais connu son nom puisqu’arrivée trop jeune dans cet enfer, vibre de cette passion de connaître, de maîtriser l’absurde et d’aborder tout avec curiosité. En effet, elle est la seule pour laquelle la pluie, les étoiles et le moindre brin d’herbe sont des nouveautés incomparables. Elle est la seule aussi qui n’a aucune notion de ce qu’est la famille, l’amour et toute cette gamme de sentiments qu’une vie sociale normale développe.

Il est étonnant de constater que l’auteur écrit un roman riche en émotions alors même que la narratrice intellectualise tout ce qu’il lui advient, faute d’autres moyens d’appréhender les autres et le monde.

Il est fascinant de lire cette fable sur la prison, ou plutôt sur la vie comme prison, car qu’elle ait son lieu dans la cage ou dans les vastes espaces d’au-dehors, la prison n’est pas tant le fait de l’enfermement que celui, bien plus effrayant, de ne plus pouvoir inventer un sens à sa vie.

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A noter : Jamais je n'aurais lu ce roman si j'avais omis de lire le beau billet  de Pom.'

Merci à toi pour cette riche incitation !