248853_0

Dans ce recueil de onze nouvelles, onze femmes connaissent, d’une façon ou d’une autre, la cruelle déception de ce que la culture indienne, et leurs mères, leur faisaient miroiter comme le mariage parfait.

Qu’il s’agisse du mariage conventionnel arrangé par leurs familles, ou de celui qu’elles décident seules, à l’encontre de la tradition familiale ;  qu’il les amène à vivre en Amérique, le pays de la liberté, ou en Inde, enfermées dans la servitude des obligations maritales, elles auront, toutes, à éprouver le choc de la désillusion. Parce que leurs maris, tous indiens d’origine,  sont violents, autoritaires, machistes, hypocrites, jaloux ou radins et que, quand ils sont bons, ils meurent...

Parce que  celles qui ont fui en Amérique, pensant y trouver la liberté et la possibilité de brillantes carrières se retrouvent engluées dans des schémas identiques à ceux de l’Inde ou alors quand elles le sont moins, engluées dans ces schémas,  c’est la nostalgie de leur pays d’origine qui les poursuit et les atterre...

Commentaire

En véritable conteuse, Divakaruni nous introduit à la vie de ces femmes nées en Inde qui, élevées dans le culte du mariage et le respect des conventions, rêvent d un mariage utopique et enchanté. Dont elles déchanteront toutes...

De ce déchantement, elles sortiront résignées ou refroidies ; prêtes à recommencer, autrement, ou à accepter leur sort..

Certes, les rôles conférés aux mères, soucieuses d’un mariage respectable et de la virginité de leurs filles, ceux prêtés aux hommes, maîtres machistes et incontestés de leurs femmes ; ceux enfin donnés aux femmes, se devant d’être obéissantes envers leurs maris, dévouées et bonnes ménagères, semblent tous stéréotypés, mais tel apparaît bien être le stéréotype d’une culture où les places (et les castes) sont inamovibles.

Par sa prose fluide et enlevée, son style riche et coloré, son talent de conteuse qui nous captive et nous émeut, Divakaruni nous fait partager les aspirations, les émois et les pensées de ces femmes indiennes et nous tient, auprès d’elles, en haleine jusqu’au bout...

« Immobile, elle sentit la nuit la recouvrir, déposer méthodiquement, couche après couche, autour d'elle, sa froideur. Et quand elle entendit la porte se fermer, elle n'aurait su dire si cela venait de la chambre d'amis ou d'un endroit enfoui profondément en elle. »