23 août 2008

Terre des oublis

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Il y a quinze ans, Miên a épousé Bôn, parti au front et déclaré mort. Elle s'est alors remariée avec le tendre Hoan dont elle a eu un fils..

Mais soudain Bôn revient au village, après des années de perdition dans la jungle. Célébré par les gens de son village, déclaré héros de guerre, il exige que Miên revienne vivre avec lui, appuyé en cela par la population et les autorités qui estiment qu’un combattant doit recevoir la reconnaissance des civils et une compensation pour les souffrances qu’il a encourues.

Mais Miên n’éprouve plus aucun sentiment pour Bôn que les épreuves ont profondément changé, physiquement mais surtout moralement, l’ancien combattant s’est transformé en un être détruit, lâche, menteur, égoïste et revendicateur.

Déchirée entre son amour pour Hoan et le sentiment de son devoir, Miên se résout à retournr vivre avec son premier mari pour y vivre un enfer car Bôn est persuadé qu’en donnant un fils à Miên, il se l’attachera. Nuit après nuit, elle vit un calvaire auprès de cet homme répugnant. Elle supporte sans mot dire ses ébats et la misère dans laquelle la veulerie de Bôn l’entraîne, tandis que Hoan, désespéré, noie son chagrin dans des débauches qui l’écoeurent.

Comme la santé de Bôn se dégrade petit à petit, Miên et Hoan feront tous deux montre d’une générosité et d’une abnégation admirables...

Commentaire

Ce drame, où trois êtres seront sacrifiés au nom d’une morale toute patriotique, m’a ramené à ces grandes tragédies antiques où les dieux se jouaient des destinées humaines, bien que la trame en soit ici transposée dans un contexte moderne et tout oriental.

L’auteur nous plonge au cœur de chacune de ces vies brisées, elle nous décrit leurs luttes secrètes et désespérées, leurs accablements,  leurs accès de révolte, l’immense détresse qu’ils vivent en  silence... elle nous les traduit en de tels accents que, malgré la grande différence de mentalité, une compréhension profonde s’établit, une transmission de ressentis, pourtant si étrangers aux nôtres, s’effectue

Parallèlement, au cours de son récit, l’auteur dénonce, parfois en des termes crus,  les travers de ce pays dirigé par un parti de fer: La vénalité et la traîtrise des riches, l’extrême pauvreté d’un peuple tenaillé par la faim, l’exploitation sexuelle des toutes jeunes filles, la peur sourde de redresser la tête là où règne un communisme triomphant

Duong Thu Huong parvient merveilleusement à nous faire percevoir l’atmosphère de ce pays de jungle et de chaleur, avec son silence étouffant, ses dangers tapis à l’ombre des broussailles, sa moiteur saturée d’odeurs, mais aussi avec sa luxuriance de fleurs, de saveurs, de couleurs. Il y a, dans ce roman foisonnant, des pages d’une beauté et d’une force poétique étonnante ! En voici un bref exemple :

« Le Hameau de la Montagne est trop exigu. Dans ce petit monde clos, la joie passe comme un reflet de lumière, un souffle de vent. La tristesse et l’anxiété rôdent comme l’effluve exaltant, vénéneux d’un filtre maléfique, comme un opium qui enivre et paralyse l’âme des hommes car chacune de ces âmes fragiles, esseulées, barbares, recèle le germe maladif, envieux, secret, inavouable d’un drame terrifiant comme un orage, bien que ses désirs inaltérés s’accompagnent en permanence de terreur. »

Posté par 6billine à 11:44 - - Commentaires [18] - Permalien [#]



Commentaires sur Terre des oublis

    Merci de me l'avoir prêté, Syb', je vais le lire très prochainement.

    Posté par sourifleur, 23 août 2008 à 12:25 | | Répondre
  • J'entends beaucoup d'avis très positifs sur ce livre. Je n'arrive pas encore à me décider, vu l'épaisseur du roman et la dureté du sujet.

    Posté par Manu, 23 août 2008 à 13:07 | | Répondre
  • Je l'ai chez moi mais je n'arrive pas à me décider à le lire. J'ai peur d'être énervée plus qu'autre chose par cette obligation du devoir, quitte à gâcher sa vie...

    Posté par Karine, 23 août 2008 à 14:43 | | Répondre
  • Avec plaisir Sourifleur!

    @Manu : Il est vrai que le livre est épais, mais la narration en est captivante et il se lit avec facilité

    @Karine: Je comprends ton point de vue, mais Corneille, Racine et les grands dramaturges ont souvent fondé leur tragédie sur cette opposition devoir/ amour

    Posté par sybilline, 23 août 2008 à 14:51 | | Répondre
  • Du même auteur, j'ai lu il y a déjà quelques années "Au-delà des illusions", qui m'a laissé un très bon souvenir.

    Posté par Brize, 23 août 2008 à 19:25 | | Répondre
  • En ce moment je lis pas mal de bouquins d'auteurs asiatiques. Et j'apprécie. J'ai bien envie d'ajouter celui-ci à ma prochaine commande.

    Posté par Fantasio, 23 août 2008 à 20:15 | | Répondre
  • Ton billet est tentant, mais... j'hésite aussi ! Ce sera une question d'occasion, je pense.

    Posté par kathel, 23 août 2008 à 23:17 | | Répondre
  • J'attendais avec impatience ton avis sur ce livre. A vrai dire,j'ai longtemps envisagé de l'acheter...Pour finalement me résigner et me tourner vers un autre genre ("les hommes qui n'aimaient pas les femmes" tome 1 de la trilogie millénium.)
    Cependant, ton analyse m'a redonné envie de me tourner vers ce livre qui promet d'être très exotique. merci beaucoup de nous avoir fait partager ça ^-^

    Posté par Yuko, 25 août 2008 à 11:37 | | Répondre
  • Incroyable coincidence

    Coucou Sybilline,

    C'est après avoir écrit mon nouvel article sur mon blog (de nouveau actif) que j'ai décidé d'aller faire un tour sur le tien...
    Quelle coincidence que nous venions toutes les deux de le lire Je suis ravie de voir que ca t'a autant plu qu'à moi. Tu as raison c'est vraiment un roman captivant. J'ai visiblement juste un peu plus pitié de Bon que toi hihihih...Mon coté Mere Teresa sans doute !
    A très bientot,

    Roxane

    Posté par Roxane, 25 août 2008 à 18:39 | | Répondre
  • Ma Douce, qui ne lit d'ordinaire que des ouvrages ayant trait à l'Egypte antique, est totalement immergée dans cette "Terre des Oublis". Un bon point pour l'auteure, donc.
    J'espère qu'elle me le prêtera une fois fini...

    Posté par Don Lo, 26 août 2008 à 16:49 | | Répondre
  • Je me doutais qu'il te plairait

    Posté par Lene, 27 août 2008 à 20:02 | | Répondre
  • Lyrisme tranquille...

    Duong Thu Huong, à la fois par son STYLE si lyrique (une notion devenue étrangère à 98 % des auteurs-faiseurs français contemporains, hélàs), la solidité de son récit, la VERITE psychologique et spirituelle qui se dégage de ses personnages, sait opposer à l'oppression décrite les forces vives de la poésie...

    Je place cette artiste (car la Littérature est un art et trop d'ectoplasmes contemporains l'ont oublié...) au même niveau que GUO Xiaolu, SU Tong, Galsan TSCHINAG, Yachar KEMAL, Knut HAMSUN, Tarjei VESAAS ou Georges SIMENON... pour ne parler que de quelques grands auteurs "lyriques" du XXème siècle...

    Bises et bravo pour cet hommage mérité !!!

    Posté par dourvac'h, 28 août 2008 à 16:01 | | Répondre
  • Très très grand coup de coeur pour moi. J'ai adoré ce livre même s'il est très gros! Je n'ai pas vu le temps passé en le lisant!

    Posté par hamnessa, 30 août 2008 à 18:32 | | Répondre
  • Un de mes coups de coeur de cet été ! Je poste mon billet d'ici peu.

    Posté par liliba, 01 septembre 2008 à 16:05 | | Répondre
  • @Liliba: J'attends impatiemment ton avis

    @ceux qui ne l'ont pas lu: lisez-le, lisez-le!!

    @ceux qui l'ont lu : entièrement d'accord avec vous, ce livre est bouleversant et superbe!

    Posté par sybilline, 01 septembre 2008 à 16:24 | | Répondre
  • Un pavé mais quel beau pavé! Agréable à lire!

    Posté par Fleur, 02 septembre 2008 à 12:54 | | Répondre
  • je ne l'ai toujours pas lu, mais je vais le remettre dans ma P.A.L.

    Posté par Sourifleur, 16 juin 2009 à 19:00 | | Répondre
  • coucou Sybilline !
    J'ai été émerveillée par l'ambiance de ce livre.
    Bises

    Posté par Thaïs, 29 août 2010 à 20:30 | | Répondre
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