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Deux femmes : La concierge, Renée Michel, âgée de 54 ans, cache son érudition afin que les habitants de l’immeuble la considèrent comme ordinaire et Paloma Josse, l’adolescente surdouée tente de se présenter comme quelconque et envisage, ses 13 ans sonnés, de se suicider et d’incendier l’appartement de ses parents, sauf, sauf si, au cours de la rédaction du journal de ses pensées intimes, elle perçoit une raison de vivre.

Ces deux femmes intellectuelles, réfugiées chacune dans le cocon de la culture et de l’Art, tiennent des propos acerbes et amers sur leur entourage, ces bourgeois arrogants méprisant le monde du haut de leur richesse, tandis qu’elles-mêmes s’en moquent allègrement du haut de leur connaissances.

Seuls les étrangers échappent à la hargne de ces deux hérissons piquants en diable..

Celui qui va tout changer se nomme M. Ozu, un japonais entré nouvellement au quatrième étage. Sa gentillesse, sa générosité et sa simplicité vont briser le ressentiment social et culturel de Mme Michel, mais la véritable conversion de la concierge aura lieu suite à une interprétation psychanalytique du japonais, grâce à laquelle les défenses de Renée pourront tomber et son cœur s'ouvrir..

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Commentaire

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Plusieurs éléments m’ont profondément heurtée dans ce roman :

- L’étalage d’une culture style confiture, qui, parcellaire et superficielle, ressemble aux propos qui se tiennent dans un salon mondain, tandis que ce que l’une ou l’autre ne comprend pas (Husserl, la psychanalyse) est immédiatement gaussé, considéré comme vain et jugé en toute méconnaissance et en tous préjugés ultra éculés.

Et je me suis dit que, finalement, on  ne se gausse bien que de ce que l’on ne comprend pas ou de ce qu'on refuse de voir en soi-même.

- Le persiflage de ces dames (parfois il y a bien un trait d’humour, mais si égaré dans l’ensemble), leur haine de la mère, leurs jugements hâtifs basés sur les seuls signes extérieurs...

S'y ajoute encore l’absente totale d’une remise en question de leur ressentiment, tant chez l’ainée que chez la jeune, et cela, malgré leur prétention à l'intelligence.

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Par contre j’ai apprécié :

- L’écriture de cette auteur éprise de la langue française, son style superbe et sans lourdeur, ses phrases parfois dignes d’une anthologie

- La fin du roman, hélàs bien tardive, quand la présence d’un homme exceptionnel qui ne juge ni ne critique personne mais lit dans le cœur de chacun, changera le ton du livre. Mr Ozu met Paloma en contact avec la concierge et l’invite à lui parler, il perçoit que Renée a un secret qui lui ferme le cœur et, avec délicatesse, la libère de ce secret qui lui fut une prison.

Aussi, le roman se termine-t-il sur la superbe confession de Renée, que suivra, comme par une sorte d’osmose inexpliquée, celle de Paloma

Je vous livre, en finale, cette confession de Renée...

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« Après cinquante-quatre ans de désert affectif et moral, à peine émaillé de la tendresse d'un Lucien qui n'était guère de moi-même que l'ombre résignée, après cinquante-quatre ans de clandestinité et de triomphes muets dans I' intérieur capitonné d'un esprit esseulé, après cinquante-quatre ans de haine pour un monde et une caste dont j’avais fait les exutoires de mes futiles frustrations, après ces cinquante-quatre années de rien à ne rencontrer personne ni à être jamais avec I' autre : »

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« J'avais rencontré I' autre et j'étais prête à aimer. »