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Le narrateur, profondément endeuillée par le décès de sa femme, ne survit plus que raccroché au fil ténu de son amour pour leur petite fille de 21 mois.

Il exerce un métier très particulier puisque chargé d'annoncer le décès d'un proche aux familles et d’obtenir d’eux l'autorisation de prélever les organes du défunt. Or aujourd’hui, pour la première fois, cet homme vibre et souffre avec la jeune femme à qui il vient d’apprendre le décès de son enfant. Soudain il réalise combien son métier est inhumain, combien notre société toute entière l’est devenue...

L’étalage de la vulgarité,  la violence normalisée, le total manque de respect et de dignité dans cette société de consommation atteignent cet homme jusqu’au dégoût, au découragement, à la honte de participer à ce monde où il ne se reconnaît plus, un monde dont il se sent coupable face à l’innocence de sa petite fille.

Ecoeuré, il se remémore cependant les gestes et les mots si purs de sa petite fille, eux seuls et soudain aussi, le visage de cette mère, ce visage de douleur offert à nu, ce visage de vérité rendront sens à la vie du narrateur, le rendront à la tâche de rester humain dans un monde déshumanisé

Commentaire

J’ai adoré ce petit roman bouleversant.

Le regard que cet homme porte sur le monde médiatique et sur l’attitude générale d’ indifférence aux autres le déprime profondément parce qu’il n’y trouve rien de ce à quoi il aspire. Il nous est d’ailleurs difficile de ne pas adhérer à sa perception si juste et si critique d’un monde déshumanisé et désenchanté .

Il lui faudra, outre l innocence et le don absolu d’un enfant, la sincérité et la douceur d’une femme endeuillée dans sa chair pour le réconcilier  avec une vie qui peut donc, à travers ces deux visages, être sauvée...

Et je n’ai pu m’empêcher de penser à Abraham qui pour éviter la ruine de Sodome demande à Yahvé un délai en des mots proches de ceux-ci « si je trouve un seul homme juste, épargneras-tu la ville ? » (sauf qu’ici il s’agit de la propre vie du narrateur tenté par le suicide).

Avec son écriture tout en sensibilité, avec ses mots qui touchent à l’essentiel et vibrent de colère ou de tendresse, Claudel, une fois de plus, nous offre un petit bijou d’émotion et une belle leçon d’humanité