image110

Né à Carnac, le 5 août 1907, il ne signa jamais ses nombreux recueils que du seul nom, Guillevic.
Après un baccalauréat de mathématiques, Eugène Guillevic passera toute sa vie dans les administrations, et deviendra même membre des cabinets de deux ministres communistes. Il prendra sa retraite en 1967.
Sa poésie est précise, les vers sont cours et sonnent comme un bruit de galets entrechoqués. Il reçoit le grand prix de poésie de l'Académie Française en 1976, et le grand prix national de poésie en 1984.
Guillevic, à travers des textes brefs, lapidaires, paraît toujours en quête d’un sacré à lire dans les traces du profane. Il vise l’essentiel, l’abstrait, par une approche toujours concrète.

Il s'est éteint à Paris, le 19 mars 1997.

..

Regarder

2129019426_fc6d489534

Avant de regarder
Par la fenêtre ouverte,
Je ne sais pas
Ce que ce sera.

Ce n’est pas
que ce soit la première fois.
Depuis des années
Je recommence
Au même endroit,
Par la même fenêtre.

Pourtant je ne sais pas
Ce que mon regard, ce soir,
Va choisir dans cette masse de choses
Qui est là,
Dehors.
Ce qu’il va retenir
Pour son bien-être.
Il peut aller loin.


Peu de couleurs.
Peu de courbes.
Beaucoup de lignes.
Des formes,

Accumulées
Par des générations.


Je laisse à mon regard
Beaucoup de temps,
Tout le temps qu’il faut.
Je ne le dirige pas.
Pas exprés.
J’espère que ce soir
Il va trouver de quoi :
Par exemple
Un toit, du ciel.
Et que je vais pouvoir
Agréer ce qu’il a choisi,
L’accueillir en moi,
Le garder longtemps.

Pour la gloire
De la journée