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Victor Francès a rendez-vous chez une jeune femme, Martha, mais celle avec qui il s’apprêtait à passer la nuit meurt brutalement dans ses bras. Affolé, il veille à ce que l’enfant de Martha ait de quoi manger à son réveil et part dans la nuit...
Toutefois Victor porte cette mort comme une culpabilité et se tourmente sur le sort des proches de Martha. Tel un détective,
il tente de retrouver Eduardo, le mari de la disparue,  et sa sœur, Luisa, afin de connaître leurs réactions  et de récolter, auprès d’eux, les réponses aux questions qui l’assaillent depuis cette terrible nuit.

Parce que, graduellement, Victor parvient à entrer en relation avec Luisa , son désir, et sa crainte, de rencontrer Eduardo prennent davantage forme et consistance . Leur rencontre aura finalement lieu, mais ce que Victor apprendra apportera une nouvelle perspective, inattendue,  à sa quête

Commentaire

« Richard, ta femme, cette misérable Anne, ta femme, —
qui n'a jamais dormi une heure tranquille avec toi, —
vient maintenant remplir ton sommeil d'agitations. — Demain,
dans la bataille, pense à moi, — et que ton épée
tombe émoussée ; désespère et meurs ! »
 

Ce vers de Shakespeare, extrait de Richard III, s’il annonce et parcourt le roman comme un refrain,  un chant entonné à plusieurs reprises, donne également le ton à cette œuvre au style incantatoire, lyrique et hautement musical.

J’aime le sens aigu de la responsabilité chez Marias, sa sensibilité toute en pudeur, son écriture qui coule ainsi qu’une longue mélodie chantée....

Et j’aime également les accès de solitude profonde, de tristesse, de nostalgie de l’évanescence qui sont la marque propre à l’auteur et qu’il transcende en douces complaintes : 

« Et comme il reste peu de chaque individu dans le temps inutile comme la neige glissante,
comme sont rares les choses qui laissent des traces,
et comme on en parle peu, et de celles dont on parle on ne se souvient plus tard
que d’ une infime partie, et pendant peu de temps »